13 novembre 2011 21h35 · Caroline Mercier
À propos l'article Voir Mr. Nobody
Ce soir là, la programmation à la télé n’annonçait rien de bien intéressant. « Mr. Nobody », un titre quelconque, qui semblait assorti à la grisaille de novembre. Mais voilà, comme nous le répète le protagoniste de ce film : On ne peut pas tout prévoir dans la vie! A mon grand étonnement, j’ai été happée dès les premières séquences de ce film. Je me suis laissée transporter dans un déluge de sensations visuelles et sonores et j’ai adoré le propos. On voudrait bien écrire chaque segment de notre histoire personnelle mais on ne connait jamais le contenu des pages suivantes. Quel récit! L’histoire du dernier humain mortel racontée dans les derniers instants de sa vie. Un récit habilement bien construit qui nous entraîne dans plusieurs direction où chaque portion approfondie les concepts de déterminisme et d’auto-déterminisme sans jamais chercher à prouver l’existence de l’un ou de l’autre. Il nous donne mille raisons d’approuver que nous n’avons pas de contrôle sur notre vie et sur nos actions et le contraire. Il nous donne autant de bonnes raisons de croire en la liberté. Mr Nobody qui raconte sa vie en présentant différents scénarios naviguant continuellement entre le sentiment de subir les événements et celui de pouvoir contrôler sa vie. On apprend alors lorsque ses parents se sont séparés, il a été face à un choix déchirant qui conditionnera son histoire personnelle.
Le film présentera la philosophie du déterminisme en positionnant l’être humain comme faisant partie de la machinerie de l’univers. Les séquences qui présentent la vision naturaliste sont époustouflantes de beauté. Le ton plus didactique (Mr Nobody est en fait un genre de philosophe animateur de télé hyper lucides et fin pédagogues) s’intègre au récit sans l’alourdir. Au contraire, toute cette narration est présentée sous une forme visuelle explicite.
On suit donc notre protagoniste dans ses réflexions sur l’origine de nos peurs (innées ou acquises) et on explore les liens entre la liberté et la responsabilité. Des scènes amusantes nous donnent l’occasion de se mettre dans la peau du jeune bébé qui découvre le monde à travers ses propres actions alors que le concept de soi n’est pas développé. Le jeune enfant ne voit pas la portée de ses actes. Il répète les gestes qui ont fait rire sans intention malveillante. Le récit explore également les notions: aidant/aidé et de notre dépendance à l’autre. Les scènes mettant en relation le père malade et le fils soignant sont empreintes de sensibilité.
Et puis, il y a aussi cette manière de raconter une histoire au temps passé, futur et au conditionnel en référant continuellement à la ligne du temps. Le futur étant représenté par une société où l’on ne meurt jamais. On a réussi à renverser le mouvement naturel vers la mort. La fatalité n’existe plus. Mr Nobody est le dernier homme mortel. Son destin d’un homme est remis au vote populaire. Tout est filmé en direct. Comment une société en perpétuelle auto-transformation peut-elle survivre si on ne garde aucune trace de l’ancien? Dans cette société futuriste, les appareils d’enregistrement font partie des antiquités. De belles scènes bien appuyées nous ramènent à l’importance des traces dans nos vie. L’illustration est poétique.
Donc, voilà un film d’exception qui élève un peu notre conscience et nous donne envie d’écrire sa vie en tenant compte du lien intime qui nous unit aux gens que l’on aime. C’est déjà beaucoup non?