Une oeuvre forte et brillante

6 février 2010 21h32 · Caroline Mercier

À propos l'article Voir Caché

On peut choisir d'être simple spectacteur de sa propre vie.   On peut choisir de regarder la vie des autres, sans s'engager , avec distanciation.  "Caché" est le genre de film qui perd de son sens si on le regarde superficiellement.  Mais si on accepte de se laisser toucher par le propos, si on se met à la recherche des indices subtiles contenus dans les scènes les plus banales, on découvre une oeuvre forte et brillante.  "Caché" est un film sur la culpabilité telle que vécue collectivement par les français (Le 17 octobre 1961, une manifestation organisée par le front de libération nationale algérien a entraîné la mort d'une centaine de d'Algériens.   Certains d'entre eux ont été jetés dans la Seine ) et individuellement par le personnage de Daniel Auteuil.  Il retrace un épisode sombre de l'histoire de la France et nous explique comment l'individu peut réagir face au rappel d'un événement culpabilisant: l'éviter ou l'affronter.   On peut choisir d'observer l'actualité sans s'engager.  On peut aussi chercher à la comprendre.  "Caché" est un film sur l'intégration des immigrés et sur notre rôle dans ce processus.   C'est aussi un film sur la télé-réalité et notre rapport avec l'image et l'intimité. Le montage est unique et brillant.   Les effets de rythme (ex: longueur des plans fixes) crée une émotion souvent inconfortable.  Se sentir voyeur n'est pas agréable.     La scène finale, je l'ai d'abord regardée avec frustration.  J'ai dû la visionner une deuxième fois pour saisir l'indice.   Chacun aura sa propre interprétation.  J'ai aimé l'exercice et sincèrement, je pense qu'il en vaut la peine. 

Un des meilleurs films de la décennie.

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