Bel et BIAN vivante

7 mai 2012 21h27 · Brigitte Manolo

 

À propos de la 1ère Biennale Internationale d’Art Numérique (BIAN) à Montréal, qui bat son plein depuis 2 semaines dans une vingtaine de lieux avec le double d’artistes, et ce jusqu’à mi-juin. Soyez curieux, définitivement!

 

Un grain dans l’espace : HEMISPHERE d’Ulf Langheinrich

La Satosphère s’offre, pour le mois de mai, 20 minutes d’une création d’Ulf Langheinrich (cofondateur avec Kurt Hentschläger de Granular-Synthesis en 1991), créée il y a six ans pour le RomaEuropa sur inspiration de la Cupola de Jeffrey Shaw (2004). Pas de surprise donc dans le titre - Hemisphere - puisque c’est une pièce pour dôme, accueillie dans le nouveau de la SAT. Cet espace à 360° prend enfin vie et ses murs pulsent à l’infini! Les banquettes invitent à s’allonger et plonger dans l’aventure cou-cassé, après les préliminaires d’un Food-Lab caressant si ça vous dit…

Un iris géant vous happe dans l’expérience, son trou noir au summum du ciel de la salle et ses anneaux vous hypnotisant jusqu’au sol. Dommage que ce soit dans cette introduction un des seuls moments où tout l’espace libre en périphérie est mis à profit. Court, minimaliste, d’un point de vue sonore juste assez éloquent, ce morceau vidéo-immersif n’en reste pas moins intrigant. Hemisphere se joue de l’espace, du temps et de la métamorphose picturale, déclenchant des renversements inopinés et radicaux tout en conservant un rythme lent. La profondeur de la coupole s’abat sur les têtes en ciel de plomb; le pullulement de cellules organiques laisse place à un feuillage amazonien puis à un voyage intergalactique; et le tout se meut en un rien de temps, par un flou ou le grésillement de l’image. Le nez tantôt dans les nuages tantôt dans le lichen mousseux d’un sol boisé, vous êtes au coeur de l’action. Une action atomique comme cosmique, qui prend la tangente du stroboscopique pour réveiller l’attention.

Cette demi-heure d’évasion manque d’un peu de l’improbable humanité de Cinétose du projet EVA, qui par des plaques suspendues pas mal moins enveloppantes qu’un globe-écran, savait créer cette volonté de communication entre l’industriel et l’humain. Ici on cherche à approcher, mais le sentiment ne passe guère. Ça demeure animant par de belles textures épidémiques, épidermiques par instants.

Jusqu’au 26 mai dernier délai, 20h30.

Surtout ne pas manquer Kurt Hentschläger à partir du 29 à la même SAT…

 

OUT OF THE BLUE / INTO THE BLACK (collectif) 

Jusqu’au 3 juin se tient cette expo de vidéo-installations lumineuses à l’ancienne École des Beaux-Arts sur St-Urbain: 6 salles obscures à pénétrer, qui peuvent valoir le détour…

Les cordes sensibles

On top-of the list: Ashley Fure et Jean-Michel Albert (IRCAM) présentent Tripwire. 24 cordes tendues du sol au plafond et traversées d’un faisceau de lumière vous feront vivre des moments éblouissants: d’absorption esthétique, d’entrée en fréquence sonore, de questionnement technique. Jubilatoire.

Selon l’éclairage (en pointillés ou continu, en couleurs – pastels ou flous – effacées), selon le rythme de la musique et celui de l’impulsion donnée, chaque membrane vibre, oscille, crée son dessin changeant. Torsades, colliers d’anneaux et fouets bandés. Ces créatures numériques mues par des programmations abstraites vous parlent, directement, dansent. Animées, elles s’émeuvent et vous aspirent dans leur agitation. Ce sont des algues vert luisant au fond des océans, des flux énergétiques lorsque deux peaux connectent, un électrocardiogramme qui sursaute au contact d’une main, ou simplement une onde se propageant, du soleil au derme. Captation transdimensionnelle d’un stimulus magnétique (il faut relire La théorie des cordes).

On y passerait des heures à télé-sympathiser avec ces cordes sensibles, qui agrémentent de leur vibrato venteux une composition en oubliettes de château-fort, pas sans rappeler Le Château des cordes de Félix-Antoine Morin (artiste aussi au programme d’Elektra 2012, si vous l’avez manqué…). Des portes se ferment sans cesse sur des cages, des grilles chuintent et des monte-charges grondent. Ça crée la même électricité qu’une fenêtre qui claque au vent dans un Hitchcock: un courant d’air? un fantôme? ou le passage d’une ombre? Hyper-connecté à nos sens, et nos nerfs. Une création étrangement humaine et tactile.

Out of nos blues?

La Supernova de  Félicie d’Étienne d’Orves est le second guess dans la bâtisse, et le premier à se proposer à la visite. Dans un coin arrière de la pièce, une lueur bleutée. À la base de l’écran des cristaux pointent leur luminosité vers le spectateur, et irradient la surface de projection d’une auréole atmosphérique. Par en arrière, des fumigènes floutent la perception et transitent vers une autre vision, une autre phase, un dénouement différent. Dans cette brume optique vous verrez certainement une foule d’individus incertains, en ombre des sources de lumière. Sont-ils menacés d’une apocalypse? Ou pure invention de votre esprit? Tout cela rapporte au Melancholia de Lars Von trier, scrutant les réactions humaines confrontées à un phénomène radicalement subjuguant, de gigantisme et de fatalité.

Ce projet puise sa matière dans une observation de la trajectoire de Cassiopée A…

Mais aussi…

A digital experience de Visual System (Valérie Tessier, Julien Guignard, Bastien Ribeiro, etc.) donne un aperçu du flux urbain ou de la dimension réseau, à l’aide de 15 colonnes et six sous-terrains fluorescents. Les cubes et rails de néons s’illuminent et se colorent pour symboliser la circulation et ses aléas d’embouteillages et d’enveniment de trafic. À regretter que le miroir de fond ne soit pas de plan-pied, pour donner une réelle dimension doublée à l’expérience, qui manque de perspective infinie.

Qui promettait a priori, Olivier Ratsi laisse sur sa faim avec ses Chemins blancs dans la matrice rouge. Ce jeu de formes géométriques bizarres et de lignes de diodes (scintillantes comme la musique) n’est pas sans rappeler un fameux jeu Simon, qui dictait de couleurs primaires une composition de notes à répéter. Mais c’est limité, malgré les perles, à dépoussiérer d’une cinquantaine d’années.

Blue Rider est un moto-man à l’accoutrement strié et réfléchissant, qui fait certes écho aux éclairages urbains de building et se fond dans les manifestations pour le bon plaisir des blogueurs maniaques d’images événementielles. Le déclencheur du projet est plus interrogateur que son rendu…

Christian Delécluse présente Inner Spaces, une oeuvre pas inintéressante où les marches d’un escalier en tapis roulant prennent vie par des néons horizontaux, symbolisant tantôt l’ascension, tantôt la dégringolade. La composition joue entre courbes parfaites et illusion sur les distances. « Objects in mirror are closer than they appear ».

 

 


Classé dans :  Arts visuels
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