25 janvier 2012 8h43 · Brigitte Manolo
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The Artist à l’Excentris. Entre les Monsieur Lazhar (prédit aux Oscars?), Melancholia et Les aventures de Tintin 3D, on n’entend parler que de ça. Pourtant ce qui distingue ce film de Michel Hazanavicius, c’est le muet.

(Pour une bêtise d’horaire, poussée par une soif de comédie à l’américaine signée Polanski, Carnage, me retrouve à l’Excentris devant The Artist. Pitchs radiophoniques à la tire-larigot depuis des semaines, ‘embarque pour l’aventure, pas vendue mais curieuse, et finalement prise de court. Larmoyant en silence pour le charme de la comédienne, la pureté du sentiment et les retrouvailles d’un amour qui vainc contre tout… Pathétique de ridicule, soit, mais immédiat et sincère.)
L’histoire se résume en trois lignes partout:
Un acteur de muet reconnu perd son lustre à l’heure de la percée du parlant des années 30. George Valentin a à peine lancé l’inconnue Miss Peppy, qui se retrouve propulsée nouvelle pimp-star voguant sur la vague de ce renouveau cinématographique, qu’il est englouti sous l’oubli public et l’alcool. Heureusement ils s’aiment, bien que la vie les oppose. Ils se retrouvent. Voilà.
L’intérêt de la production tient dans l’exercice de style, plutôt audacieux et provocateur (au temps du bavardage pour ne rien dire des médias sociaux): l’exploitation du sans-paroles. Or le projet est bien mené, sur tous les plans et à bout. Le muet est non seulement le propre de ce film, son fond et sa forme, il est aussi un outil d’innovation, de réflexion sur le pouvoir de l’image et de questionnement sur l’industrie du cinéma actuelle.
Par des procédés simples mais efficaces et justement introduits, The Artist fait revivre ce qu’a pu être le bouleversement de la voix perçant l’écran, tout en rendant hommage aux répliques écrites et trucs typographiques qui rendaient le cinéma vivant, avant. Aussi, lorsque les nouvelles stars font révolutionnairement entendre leurs répliques, notre acteur principal, déchu, voit son monde renversé et se retrouve retranché dans un monde inaudible où les objets qui l’entourent font un bruit tonitruant. L’humour n’y manque pas non plus, quitte à jouer sur les mots, lorsque des altercations conjugales tranchent dans le vif du sujet: « We should talk… Why don’t you want to talk?« .
Jean Dujardin est terrible dans le surjoué de ses mimiques et ses attitudes qui en disent plus que mille mots, et même trop. Mais Bérénice Béjo…
WOH-HOW! Le charme, la surprise et l’appoint, tout droit venus d’Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s, du casting complet du Women de George Cukor, et d’Audrey Tautou (humm, ouais) dans Amélie Poulain. Elle resplendit d’énergie jeune et d’allant, comme le veut son rôle, et déborde à souhait autant dans les paillettes que dans la guimauve et le drame du sentiment. On les veut ensemble et réconciliés parce qu’alors ils deviennent explosifs. Et c’est peut-être le point du film: il est probablement temps de s’inspirer des talents d’avant pour percer l’écran.
Michel Hazanavicius signe peut-être lui aussi sa sélection aux Oscars? Il poursuit une recherche expérimentale honnête, lui permettant de réfléchir sur la discipline cinématographique, tout en offrant au public une vision et un souffle nouveaux, bien qu’empreints de nostalgie, divertissants. 1h40 pas désagréable ni prise de tête du tout.