19 juillet 2012 12h09 · Blandine Parchemal
Les critiques pleuvent ces derniers jours à l’encontre du manifeste de la CLASSE. A tous les contempteurs du manifeste, je dois avant tout vous dire merci car vous participez à l’un des objectifs de la CLASSE : susciter le débat public autour de questions politiques de fond. Qu’est-ce que défendre le peuple? Qu’est-ce qu’appeler à une grève sociale? Quelle position faut-il adopter face aux prochaines élections à venir? Quelle place doit occuper la question nationale dans le cadre de ce mouvement social?
On accuse pourtant la CLASSE d’être un groupuscule refermé sur lui-même et qui tient tout ses Congrès à huis clos. Première rectification : la CLASSE ne tient jamais l’ensemble de ses Congrès à huis clos. Il arrive certes que le huit clos soit adopté sur un point précis de l’ordre du jour mais chaque personne a la possibilité de se rendre au Congrès et d’y assister en tant qu’observateur ou observatrice si les membres n’y voient pas d’objection. Par ailleurs, l’ensemble des Procès-Verbaux sont publics et visualisables sur le site de la CLASSE. Si malgré cette transparence, vous accusez encore la CLASSE d’être un groupuscule, quel terme serait approprié pour qualifier la non-transparence du Parti Libéral?
Et c’est également dans une volonté de valorisation du débat public que le manifeste a été publié. La CLASSE nourrit toujours ce souci de donner à la population l’opportunité de s’emparer des questions politiques, l’opportunité de devenir les acteurs du débat et non plus de simples observateurs. Bref, l’opportunité d’exercer la démocratie. Et c’est bien dans cette optique qu’a été engagée la tournée dans les régions. Consciente du caractère quelque peu montréalais du mouvement, la CLASSE a souhaité donner la possibilité à davantage de personnes de pouvoir s’exprimer. Il s’agit de redonner le pouvoir au peuple.
Venons-en donc à cette expression « Nous sommes le peuple ». La plupart des critiques y ont vu un acte prétentieux de la part de la CLASSE. Évidemment, il ne s’agit pas de dire, nous la CLASSE, nous constituons l’ensemble du peuple. Nous savons bien que la population n’est pas simplement constituée d’étudiants en grève. Quand nous déclarons « nous sommes le peuple », nous déclarons que nous ne sommes plus simplement des étudiants préoccupés par nos intérêts d’étudiants mais que nos revendications sont désormais celles du peuple, autrement dit, celles des personnes touchées par les politiques néfastes du Parti Libéral : celles qui sont touchées par la tarification des services de santé et l’augmentation des tarifs d’hydro-électricité, celles qui sont ou vont être touchées par l’exploitation des gaz de schistes et la mise en place du Plan Nord, celles qui vont être touchées par la hausse des frais de scolarité, etc. Peuple est à comprendre en son sens populaire : nous sommes à côté de ceux et celles qui souffrent, de ceux et celles que certaines politiques exclues, nous sommes avec ceux et celles qui subissent toujours en premières les conséquences néfastes des politiques néolibérales mises en œuvres. Rien de très prétentieux là-dedans, juste un souci envers ceux et celles qui sont autour de nous.
Et l’appel à grève sociale va dans ce sens. La CLASSE ne prétend pas avoir le monopole des revendications sociales et elle est consciente que, seule, elle ne pourra pas apporter de changements majeurs dans la société québécoise. Seule, elle ne pourra pas faire en sorte que le bien commun prenne la place de l’intérêt individuel, que le partage des richesses prenne la place de l’accumulation du profit aux mains de quelques uns. On reproche à la CLASSE de ne pas définir concrètement ce qu’est la grève sociale et ce qu’elle entend par-là. A vrai dire, cette absence de définition claire tient du fait même que ce n’est pas la CLASSE qui, seule, pourra faire la grève sociale. Nous ne savons pas encore quelle forme elle pourra prendre. Et c’est pour cela qu’il s’agit d’un appel : la CLASSE appelle les syndicats, les travailleurs et travailleuses, les chômeurs et chômeuses, les citoyens et citoyennes à sortir dans la rue pour continuer à dénoncer les politiques injustes du Parti Libéral. Mais ce n’est pas elle qui définira ce que pourra être cette grève sociale. Cela, c’est à chacun et chacune d’entre nous de le définir en tombant en grève et en sortant manifester dans la rue.
On reproche également au manifeste de ne pas parler des élections à venir, de ne pas voir l’enjeu d’importance que représentent celles-ci, voire même de contribuer à la réélection du PLQ en ne prenant pas position pour un parti politique. C’est assez surprenant dans la mesure où c’est oublier que le manifeste s’emploie justement à renverser l’un après l’autre tous les projets du Parti Libéral et qu’il adopte résolument une perspective d’élargissement des revendications afin que l’ensemble de la population s’en empare. Plutôt que de reprocher à la CLASSE de ne pas prendre position pour un parti politique, il serait ainsi peut-être plus judicieux de reprendre l’ensemble des points évoqués dans le manifeste et d’en faire une large campagne contre le néo-libéralisme.
Par ailleurs, afin d’éviter que la position de la CLASSE soit perçue comme participant à une réélection du parti libéral (sur le thème de la sécurité et de l’ordre), la meilleure chose à faire n’est-elle pas de montrer que la CLASSE n’est pas minoritaire, à savoir qu’elle n’est pas la seule à dénoncer les politiques de ce gouvernement, qu’elle n’est pas la seule à sortir dans la rue? Plus nous serons nombreux à marcher, plus il sera difficile pour le Parti libéral de nous présenter comme une minorité de radicaux violents, plus le mouvement ne sera plus simplement étudiant et plus l’ensemble de la population sera amené à réfléchir sur la société qu’elle souhaite. En dénonçant la position de la CLASSE face aux élections, vous mettez de côté une organisation qui a porté le mouvement de contestation sociale à bout de bras, et finalement, vous contribuez à l’inverse de ce vous souhaitez : discréditer en partie le mouvement de grève. Ainsi, plutôt que de tenter de donner des leçons sur la stratégie à adopter face aux élections, la meilleure stratégie ne serait-elle pas de continuer à dénoncer les politiques de notre gouvernement?
Quant à la question nationale, si elle est absente du manifeste, c’est relativement pour les mêmes raisons que pour la question des partis politiques. La CLASSE n’est pas là pour dire qui voter ni s’il faut être nationaliste ou pas. A partir de positions sociales, la CLASSE est simplement là pour ouvrir des chemins politiques, non pour les ordonner. Il s’agit pour elle de dénoncer la conception de la société portée par le PLQ et les valeurs qui soutiennent cette conception et de porter à l’inverse des valeurs sociales progressistes : solidarité et équité, justice, bien commun, féminisme, écologie, etc.
Ainsi, n’est-ce pas contradictoire de dénoncer quelque chose comme un autoritarisme à la CLASSE tout en lui reprochant de ne pas prendre des positions qui seraient digne d’une organisation autoritaire (voter pour tel parti, être indépendantiste ou ne pas l’être)? Comme son nom l’indique, la CLASSE est une coalition large qui, contrairement à ce qu’on aimerait croire, n’est pas un groupe tenant une ligne de pensée unique, mais qui regroupe différentes positions politiques et c’est ce qui fait sa force et sa beauté.
B.P.
Provoquer pour susciter le débat politique est un pari périlleux. Le provocateur, le plus souvent, suscite le débat contre lui, au risque de marginaliser les questions qu’il a voulu soulever, ou de se faire traîner dans la boue. C’est assez louable venant d’un individu ou d’un groupuscule. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une stratégie opportune venant d’un mouvement représentant des dizaines de milliers d’étudiants.
Ce que je reproche au manifeste de la CLASSE, avant tout, c’est son style. Le projet de tournée à travers le Québec est une bonne idée. Mais cette idée ne peut rapporter les fruits voulus que si la tournée est faite dans l’état d’esprit adéquat. Or, le style du manifeste laisse craindre que l’état d’esprit de ceux qui entreprendront la tournée laissera peu de place à l’écoute. Il donne l’impression de voir des jésuites partir à l’assaut des campagnes pour instruire le pauvre peuple ignorant. Même si telle n’est pas votre intention, si vous vous présentez en région avec la même attitude que celle qui transpire du manifeste, je m’attends à un barrage d’hostilité, d’indifférence ou d’incompréhension.
À l’heure de partir en tournée, il aurait été opportun de ménager dans ce texte l’espace pour passer le message « nous savons que nous sommes un mouvement controversé, nous souhaitons connaître l’opinion des gens que nous allons rencontrer, nous ne souhaitons pas imposer notre vision, nous pensons simplement que nos visions peuvent se rejoindre, pour telle-telle-telle raison ». Or, je ne vois rien de tout ça. Ce texte manque cruellement de sensibilité.