Le mouvement étudiant québécois: une défaite?

7 juillet 2012 1h17 · Blandine Parchemal

Dans Le Devoir daté du 6 juillet 2012, on peut y lire une lettre d’opinion intitulée « Mouvement étudiant : le défi électoral ». Outre qu’elle soulève des points importants quant au risque d’une campagne électorale du PLQ portant sur les thèmes de la loi et de l’ordre et se réalisant sur le dos des étudiants, il me semble néanmoins que le verdict lancé à propos du mouvement étudiant est profondément injuste par rapport à l’ensemble du travail que ce dernier a accompli lors des derniers mois au sein de la société québécoise.

 

L’auteur commence en effet son texte en parlant de « défaite face à l’opinion publique »,  de « grande déconvenue » et le termine en déclarant qu’il pourrait s’agir de « la plus grande défaite du mouvement étudiant québécois » si le Parti libéral était réélu. Certes, si le PLQ était réélu aux prochaines élections, nous aurions un gout très amer dans la bouche. Néanmoins, même si cette situation devait arriver, je ne parlerais pas forcément de défaite du mouvement étudiant mais bien de défaite de la société québécoise en tant que telle, et ce, parce que c’est vers une contestation populaire du gouvernement actuel que le mouvement étudiant a toujours tendu.

Quant à la question de l’opinion publique, entend-on nous que nous n’avons jamais réellement su ce qu’elle en pensait et que ce n’est probablement pas un sondage de plus qui va nous permettre d’en savoir davantage. Aussi, au-delà d’une opinion publique générale sur un mouvement, ce qui m’intéresse bien plus, c’est d’analyser l’évolution de la participation de la population au mouvement. Or quand je vois la beauté du mouvement des casseroles par exemple, tous ces gens qui sont descendus plusieurs soirs de suite dans la rue avec nous, ces enfants, ces grands-parents, je ne peux pas me résigner à parler de défaite et encore moins de déconvenue. Quand je vois la popularité des grandes manifestations du 22 de chaque mois, le fleurissement des assemblées de quartier ou tout simplement l’ensemble de ces carrés rouges portés fièrement, je ne peux pas non plus parler de défaite.

Faire en sorte que la population ose braver une loi profondément anti-démocratique en allant manifester, faire en sorte que la population ose enfin exprimer son mécontentement face à un gouvernement adoptant l’une après l’autre des mesures libérales socialement destructrices, pour moi, c’est déjà une victoire indéniable.

 

En outre, il me semble également difficile de parler d’une grande défaite lorsqu’on se tourne vers la visibilité internationale qu’a pu avoir le mouvement. De nombreux journaux étrangers ont tout d’un coup appris l’existence du Québec et se sont aperçus qu’il ne s’agissait pas d’une Province si consensuelle qu’on se plaît à le croire. Ils se sont aperçus que le politique n’était pas mort au Québec et que la jeunesse se tenait debout. Des réseaux de solidarité se sont également crées avec les étudiants chiliens, mexicains, brésiliens, américains, français ou belges et une semaine de grève internationale est prévue en novembre. Si le mouvement étudiant québécois a pu ne serait-ce qu’inciter d’autres étudiants à se révolter et à déclencher une grève contre des mesures de privatisation des services publics comme l’université ou pour plus de démocratie au sein du gouvernement, c’est également une victoire.

 

Il est cependant vrai qu’il est important de se prémunir contre une campagne libérale portant sur les thèmes de la loi et de l’ordre et pour ce faire, le mouvement étudiant va continuer de tenter de poursuivre ce qu’il a déjà amorcé: aller voir la population en région, investir les festivals et les assemblées de quartier cet été, lancer des appels à la grève sociale et surtout informer la population sur les politiques actuelles et à venir du gouvernement libéral. Continuer à parler de la loi 12, des gaz de schiste, du Plan Nord, de la corruption dans l’industrie de la construction, de la tarification et privatisation des services publics, voilà ce que nous allons faire.

Le simple fait d’avoir suscité la réflexion chez une partie de la population, de l’avoir conduit à remettre en cause la façon dont elle est gouvernée et la façon dont s’exerce la démocratie actuellement est un gain. Nous espérons évidemment que cette réflexion va perdurer et que la population accordera désormais davantage d’attention à son gouvernement et à ses dérives. Nous travaillerons fort là-dessus dans la mesure où c’est toujours la justice, l’équité et le bien-être collectif que nous avons en bout de ligne.

 

B.P.

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 4

  • Alain Riendeau 7 juillet 2012 · 19h21

    Si les Québécois réélise les Libéraux pour ne pas donner les dizaines de millions nécessaires pour que notre jeunesse est droit a une instructions a un prix raisonnable. Cela veux dire qu’ils cautionnent les magouilles de la construction et des caisses occultes. Je me demande pourquoi tant de hargnes contre les jeunes. Je crois que les anti-étudiants reprochent au jeunes de tenir têtes se qu’eux non pas fait. p.s. je suis un vieux de 62 ans et je n’ai que de l’admiration pour ces jeunes qui osent .

  • Serge Grenier 7 juillet 2012 · 19h57

    Une grande victoire pour les étudiants !

    Même si la majorité obéissante fait gagner encore une fois le parti néolibéral, ça ne changerait absolument rien à la validité de la contestation de l’ordre établi, ça ne changerait absolument rien à la corruption endémique dans nos institutions.

    Les étudiants ont mis le doigt sur le bobo. Et le monde entier l’a bien vu. Des centaines de milliers de personnes ont compris. Les autres finiront bien par comprendre un jour.

  • Michaux Michele 7 juillet 2012 · 23h42

    Je suis moi aussi une jeunesse de 62 ans et je n’ai que de l’admiration pour le mouvement étudiant, et non seulement le mouvement étudiant pour contrer la hausse mais la prise de conscience sociale que ce mouvement a générée. Il a fallu que ces jeunes se tiennent debout et montre le chemin à des adultes qui s’étaient endormis dans un confortable lit de mensonges, dont les couvertes ont noms: désinformation, manipulation, extorsion, et autres du même acabit, je ne les énumérerai pas toutes car on en a abondamment parlé. Ces gens qui se sont fait réveiller n’ont pas tous l’intelligence et la justice de voir le marasme dans lequel notre société se baigne allègrement. Pour certains autres, l’éveil pour avoir été brutal est cependant bien enclenché et nous verrons aux élections ce qui en ressortira mais d’ores et déjà nous pouvons être fiers des pas accomplis, nous pouvons être fiers de la solidarité qui s’est installée et du sens aigu de la justice que bien des québécois ont retrouvé en ces jours de tourmente. Non, il n’y a pas de défaite quand une société se lève et prend les moyens de se retrouver dans une cause citoyenne. Non, il n’y a pas de défaite quand malgré les provocations flagrantes, les manifestations se sont déroulées pacifiquement pour exprimer la volonté d’un peuple…non, il n’y a pas de défaite…il y a la fierté et il y a un peuple qui ne se laissera plus endormir comme par le passé.

  • Sylvie 8 juillet 2012 · 13h22

    Oui, il y a effectivement un éveil collectif et c’est une bonne chose. Il devient évident et indéniable que le gouvernement libéral ne doit pas être réélu. Il ne donne pas le pouvoir au peuple. Il y a un parti qui ne fait pas parler de lui beaucoup et qui s’appelle « la coalition pour une conciliante ». Moi, je dis aux gens qui ne savent pas pour qui voter: « Allez voir sur Internet et faites vous votre propre opinion ». Je trouve que ce parti a une vue qui a bien du bon sens. De plus, son fondateur m’inspire confiance dans les vidéos. Si on veut changer pour du mieux, faudrait peut-être sauter dans l’inconnu. De toute façon, rien ne pourra être pire que ça ne l’est actuellement.

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Blandine Parchemal

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Je suis étudiante en doctorat de philosophie à l'Université de Montréal. Arrivée depuis septembre 2011 au Québec, je suis passionnée par cette société. J'ai participé activement au conflit étudiant du printemps 2012 et publié divers textes à ce sujet. Mes intérêts portent autour de la question politique et éducative.

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