"Avatar" de James Cameron, "Je est un autre".

23 décembre 2009 16h40 · Black Dolphin

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La foule se rue, les files d'attente se contorsionnent, les salles s'emplissent.

Lunettes 3D, personnages qui, comme dans « The purple rose of Cairo » de Woody Allen sortent de l'écran, troublante scène où, une foule filmée de dos, prolonge étrangement, sous mes yeux, les spectateurs de la salle (la profondeur de champ 3D, lors des scènes épiques aux décors grandioses et vertigineux, n'apporte pas grand-chose à la beauté dynamique des plans – personne, curieusement, ne le souligne – mais dans les scènes intimistes, en revanche, à deux, trois ou quatre personnages, tout se passe comme si j'étais au théâtre et sur la scène et je me prends à rêver du procédé dans des films de Woody Allen, John cassavetes ou Takeshi Kitano…).

Avatar raconte l'histoire de Jake Sully, ancien marine paraplégique recruté par un groupe industriel – appuyé par l'armée – pour piloter un avatar biologique compatible avec l'atmosphère de la planète Pandora et commandé à distance par son esprit, afin d'infiltrer les Na'vi peuple autochtone devenu un obstacle à l'exploitation d'un précieux minerai.

Ils me disent, sur les affiches, les bandes annonces, les revues spécialisées, que James Cameron est le réalisateur de Titanic.

Je me dis que James Cameron est avant tout le réalisateur de Abyss.

Abyss qui recèlait une véritable scène d'anthologie. Lyndsay (Mary Elisabeth Mastrantonio), bloquée à 700 m de fond avec son ex mari (et employé) Virgil « Bud » Brigman (Ed harris) dans une partie immergée de la plateforme sous-marine qu'elle dirige et qui prend l'eau, décide, alors qu'ils n'ont qu'une combinaison de plongée, de se noyer dans l'espoir d'être ranimée une fois ramené à bon port. Noyée elle le sera, sous nos yeux de spectateurs en manque d'air, à bout de souffle et sidérés et ranimée in-extrémis elle le sera également, par un Virgil combatif, opiniâtre – et toujours amoureux. De chef d'équipe autoritaire et ne vivant que pour son travail, Lindsay se réconciliera avec Virgil et deviendra le lien avec l'intelligence extraterrestre qu'ils rencontreront à 8000 m de profondeur.

Dans Avatar, c'est Jake Sully, à la fin de l'histoire (après avoir désappris son instruction militaire – ses cheveux vont symboliquement repousser tout au long du récit), qui décidera de mourir étouffé dans l'atmosphère de Pandora pour renaître dans le corps de son avatar et vivre en harmonie avec sa bien-aimée autochtone et les Na'vi extraterrestres.

Ainsi, chez Cameron – comme l'écrit Arthur Rimbaud -, le « Je est un autre » ou plus précisément le Je doit s'étouffer pour enfin être un autre, un autre réconcilié avec lui-même et en communion étroite et rédemptrice avec la nature.

Thématique récurrente, déclinée, enrichie…

Alors même si la foule se rue, les files d'attente se contorsionnent, les salles s'emplissent, Avatar, blockbuster planétaire, demeure pour autant le film d'un auteur.

BD.

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