Au cœur de l’intime

1 mars 2012 23h40 · Bernard Wheeley

À propos l'article Voir Au nom du frère

se trouve l’hymne à l’amour de la vie, dans l’intimité d’un frère, qualifié de simple d’esprit, prenant soin quotidiennement, le temps d’une messe, de son frère atteint d’une si terrible maladie qu’il ne peut le visiter qu’en cachette de sa mère. Cette maladie, jamais nommée, est le sida. La pièce «Frères»  de Francesco Silvestri présentée par le Théâtre de l’Opsis àProspero illustre ce que peut être l’amour inconditionnel entre deux frères. C’est Silvestri  lui-même qui a créé cette pièce en 1996. Il a tenu le rôle de Gildo pendant quatre ans. Ici, la pièce sera présentée seulement jusqu’au 10 mars si on ne veut pas la manquer.

Joué Gildo pour la première fois en français, un personnage jamais repris depuis sa création, est un défi qu’Émile Proulx-Cloutier relève avec beaucoup d’humanité. Gildo c’est l’optimisme incarné, la joie de vivre sur deux pattes, l’espoir insensé d’une guérison. Il est tout cela et plus encore parce qu’il n’est pas vraiment conscient de la gravité de la maladie de son frère. Chaque jour, il lui rend visite pour le nourrir, le laver, le changer. Il chronomètre la durée de sa visite sur la liturgie de la messe. Pour être certain de garder le rythme, il lance, ici et là, des phrases comme « Dieu soit avec vous. Et avec votre esprit» pour marquer le temps. Gildo a également son rituel. Il essaie de faire manger son frère  (Benoit Rioux),  ensuite l’assoit sur un fauteuil, ce qui lui permettra de changer la literie. Après l’avoir replacé dans son lit, il le lavera au complet à la débarbouillette,  le changera de couche, etc. Toutes ces tâches, Gildo les fait en comptant des histoires ou en racontant le film vu la veille. Il blague, danse, fait des pitreries.

Son frère, toujours silencieux, ne peut s’empêcher de sourire à l’occasion aux folies de Gildo. Il ne résiste pas. Il l’aime assez pour jouer le jeu et ne pas décevoir son naïf de frère.

Émile Proulx-Cloutier livre une performance magistrale confirmant qu’il est un grand comédien. Son monologue et ses nombreux déplacements reposent entièrement pendant 65 minutes sur ses épaules. Il porte littéralement la pièce sur son dos. Il a une telle tendresse dans ses gestes qu’on ne peut qu’admirer l’homme et le comédien. Le spectateur a l’impression d’être de trop quand il se retrouve dans cette intimité.  Une performance touchante, troublante, rendue possible parce que Benoit Rioux s’abandonne totalement à Gildo.

Encore une fois, Luce Pelletier, metteure en scène, avec son Théâtre de L’Opsis et son Cycle italien, amène le spectateur au cœur de l’humanité et cette fois-ci au cœur de l’intime.

 

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