Les yeux bridés

20 février 2012 12h56 · Bernard Wheeley

À propos l'article Voir Abeilles (Les)

d’une auteure japonaise, jumelés au regard, à la vision du monde d’une productrice et comédienne Métis d’origine mikma’k, Innu (Izabel Kerr) peuvent déstabiliser le spectateur blanc occidental. Pour apprécier les subtilités, les différences et les ressemblances culturelles japonaises, autochtones et québécoises de la pièce «Les Abeilles», une adaptation d’une nouvelle de Yôko Ogawa présentée à la Salle intime du Théâtre Prospero, l’ouverture à l’autre doit être au rendez-vous pour que la rencontre se produise.

Miguel Doucet, metteur en scène, a tout mis en œuvre pour que cette rencontre se fasse. Le respect du texte l’a guidé dans chacun de ses choix. Le décor, résultat du travail de Jeanne Ménard-LeBlanc, deux paravents blancs en forme de L inversés, à une distance de plus ou moins 15 pieds l’un de l’autre, délimitent l’aire de jeu devenant tour à tour la maison d’Elle, le bureau du directeur de la résidence et la chambre d’un  étudiant disparu.  Ce décor lumineux mais exigu traduit bien le manque d’espace dans lequel vivent les japonais. Miguel Doucet a bien pris soin de conserver à chacun des personnages un jardin secret. Tout ne sera pas dit. Il a évité le piège de tout expliquer. Il y a des questions qui demeureront en suspens comme le plafond suggéré par une vingtaine de carrelages ajourés, comme des alvéoles d’une ruche, laissant passer la lumière.       

Yôko Ogawa plonge, par petites touches subtiles, suggestives, sobres, le spectateur dans un climat angoissant. Elle maîtrise la progression de l’intrigue sans jamais rien précipiter. L’histoire est simple en apparence mais le mystère s’obscurcit par minces couches successives. À la demande d’un cousin sans le sou, Elle trouve à le loger dans la résidence de l’université qu’elle fréquenta jadis. Dès la première rencontre avec le directeur, le malaise s’instaure. Après l’installation du jeune homme, Elle tente de lui rendre visite mais en vain puisqu’il est toujours absent lors de celles-ci. Un étudiant a disparu de la résidence six mois plus tôt. D’une visite à l’autre, les tulipes devant la résidence prennent une couleur de plus en plus sombre et les abeilles volent dans ses locaux. À cette histoire, il n’y aura pas de conclusion formelle, pas de CQFD, seules des pistes ouvertes dans l’imaginaire.

Le jeu d’ Izabel Kerr est sobre, réservé. Rien n’est appuyé. Elle a une vie sans éclat qu’elle occupe en confectionnant des courtepointes comme Pénélope attendant son Ulysse, son mari travaillant pour une longue période en Suède. Izabel Kerr est une femme menue à la chevelure de jais. Elle est Elle.  Marc-André Thibault incarne très bien le cousin enthousiaste, énergique mais aussi respectueux d’Elle et de l’aide qu’elle lui apporte. Le défi d’incarner le directeur au corps déconstruit – bras et jambe gauches amputés, main droite déformée- se déplaçant en chaise roulante revient au comédien chevronné Richard Fréchette. Il réussit à inspirer l’autorité, l’angoisse, la peur que par sa voix et le jeu de son visage. Il installe le malaise sans jamais avoir l’air d’un monstre.

«Les Abeilles» un texte mystérieux, angoissant mais aussi très poétique. Il faut voir toute la beauté et  le sacré de la cérémonie du thé pour mesurer la distance entre les cultures. Il faut voir ce monde en plissant les yeux à défaut d’avoir les yeux bridés.

Classé dans :  Scène
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+ Ajouter le vôtre Commentaires 1

  • Roger Ménard 20 février 2012 · 20h45

    Je peux vous dire que Jeanne Ménard Leblanc travaille très très fort et je suis certain qu’avec son talent d’artiste vous allez en entendre parler dans un avenir très rapproché.

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Bernard Wheeley

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Je suis un passionné de théâtre. J'assiste à un miniimum 50 à 60 pièces de théâtre par année. J'ai fait du théâtre amateur. J'ai fait également du cinéma (court métrage) Ouvert aux échanges de points de vue par courriel. Voici mon adresse électronique: wheeleyb@colba.net. Prière de faire référence au Voir dans l'objet du couuriel.

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