10 février 2012 12h57 · Bernard Wheeley
À propos l'article Voir Vigile (ou le veilleur)
ainsi va la vie». C’est de noir en noir-30 au total-que l’on traverse la dernière année de vie de Grace (fabuleuse Kim Yaroshevskaya). Dans sa chambre sans artifice, elle n’est pas physiquement seule puisque son neveu Kemp (Éric Bernier), qu’elle n’a pas vu depuis trente ans, lui tient compagnie. Celui-ci, employé de banque, répondant à sa missive, a quitté son emploi pour venir à son chevet. Apparemment généreux, Kemp est beaucoup plus intéressé par les conséquence$ du post-mortem et devient un aidant naturel pressé par le temps. Devant l’imminence de la mort de Grace, il aborde, sans aucune délicatesse, les questions de testament, de crémation, de don d’organes. Ses questions et ses remarques sur la lenteur de l’agonie sont de l’ordre des «farces plates de mononcles» entendues dans les salons funéraires. Raymond Devos a fait cent fois mieux sur le même thème avec son monologue « La dernière heure »
Kemp est serviable. Il prépare les repas de Grace, fait des courses, joue aux cartes avec elle, etc. Il entre et sort pour un tout ou pour un rien et chaque sortie est ponctuée d’un noir sur scène. Ce processus devient très vite lassant. Ces noirs répétés marquent le temps tout en réduisant le texte à de petites saynètes. Grace n’en finissant plus de mourir, devient malgré elle, la grande oreille de Kemp, un enfant efféminé, mal-aimé par ses parents qui deviendra ensuite un adulte homosexuel non-assumé puisqu’il n’a jamais eu de contact physique avec aucun des deux sexes. Il est un asocial malheureux qui ne cesse de pleurnicher sur sa vie ratée. En somme, un trentenaire totalement seul avec lui-même. N’est pas seul celui que l’on pense.
Éric Bernier porte sur ses épaules un gros rôle, Mme Yaroshevskaya n’ayant tout au plus 7 ou 8 répliques pendant l’heure et demie que dure la pièce Vigile(ou le veilleur) présentée au Théâtre du Rideau-Vert. À mon avis, celui-ci a été mal dirigé par Martin Faucher, metteur en scène pourtant reconnu. Kemp geint, se plaint de sa condition en utilisant presque toujours les mêmes intonations, les mêmes éclats d’une voix haut perchée. Il se plaint comme un enfant. C’est à ce point caricatural que l’on finit par décrocher. Pour tuer son ennui, il décide de devenir blond dans les derniers mois. Il est ridicule à voir avec sa perruque blonde jusqu’aux épaules et son tablier féminin noué à la taille. Y a-t-il quelqu’un, un jour, qui va oser proposer un rôle de «straight» à Éric Bernier? Qui prendra la chance de le sortir du stéréotype? En est-il capable? Certainement.
Mme Yaroshevskaya remplit la scène de son silence et de sa grande écoute. Laissée seule à l’occasion, Grace va dans son garde-robe pour différentes raisons. Celle-ci démontre dans ses déplacements l’espièglerie, la coquinerie d’une femme ayant conservé tout son plaisir de vivre. Cette petite femme est rayonnante dans son grand lit. C’est à se demander qui des deux comédiens tient le premier rôle. Son jeu vaut le détour.
Chose certaine, nul n’a besoin du réconfort d’une vigile du style de Kemp sur le chemin le menant «au trou noir de l’oubli»