29 janvier 2012 17h30 · Bernard Wheeley
À propos l'article Voir Un grand tour de manège
confiera Monsieur Soldignac à son avocat Vatelin, celui-là même qui couche avec sa femme Maggy Soldignac. De plus, il lui dévoilera le stratagème qu’il a concocté pour surprendre, le soir même, les deux tourtereaux. Preuves à l’appui, il demandera le divorce. Vatelin ayant déjà confirmé à Maggy sa présence à ce rendez-vous galant, désemparé, se tourne vers Monsieur Pontagnac, ami de longue date, pour lui suggérer un endroit où déplacer le lieu de rencontre afin de ne pas être pris en flagrant « dans le lit ». Pontagnac lui propose l’hôtel Ultimus, un endroit qu’il fréquente régulièrement. C’est ce même Pontagnac qui a suivi pendant 8 jours Lucienne, épouse de Vatelin, qu’il n’avait jusqu’alors jamais rencontrée, et réussi à s’introduire chez elle pour lui déclarer son amour. Pontagnac aimerait bien cocufier Vatelin, après tout, ça reste entre amis.
Compliqué à suivre? Mais pas du tout! Normand Chouinard, metteur en scène du «Dindon» de Feydeau, avec la complicité de comédiens et comédiennes rompus aux rouages du vaudeville, rend l’intrigue si facile à suivre qu’on ne voit pas le temps passé. Un véritable feu roulant. Carl Béchard est comme un poisson dans l’eau dans le rôle de Rédillon, un bourgeois qui fait de l’infidélité un sport national. Lui aussi est amoureux fou de Lucienne. Ah! Cette Lucienne, on se l’arrache. Alain Zouvi fait un Pontagnac frondeur mais sans grande imagination pour inventer des mensonges. D’ailleurs, ça le perdra. Roger LaRue a un rôle plus subtil puisque même s’il vit et fait sa «business» à Londres, il est Marseillais d’origine. Il doit donc équilibrer les accents anglophones dans son français et faire la part des choses entre le flegme britannique et la fougue marseillaise. Valentin, incarné par Rémy Girard, qui n’a trompé sa femme qu’une seule fois, joue sans emphase inutile, un homme balloté par les circonstances. Faut dire que Maggy ne lui laisse pas beaucoup d’alternative. S’il ne se présente pas au petit-meublé, «jé mé suicide».
Maggy, c’est la pétillante et hilarante Violette Chauveau, une anglaise au sang chaud, parlant le français avec un cocasse accent anglais, et qui a fait succomber Valentin à Londres parce qu’elle «l’haime». Tenace cette Maggy. Quant à Lucienne, interprétée très justement par Linda Sorgini, une femme de tête mais prête à donner son corps à Pontagnac dans l’heure qui suivra la preuve d’infidélité de son mari. Il faut souligner la qualité du jeu de Marie-Pier Labrecque qui joue Armandine, femme vivant de ses charmes. Décidément pour qu’il y ait des coquious, ça prend des volontaires.
En somme, le Dindon se révèle un très bon divertissement tout en faisant une critique loufoque sur l’élite bourgeoise française des années 1900.Il n’y a qu’un bémol à apporter à cette pièce. Il s’agit de la commandite des «Chocolats Meunier» que le metteur en scène à ajouter au texte. Il a dû ainsi créer un prologue où le directeur du théâtre demande à la troupe de faire du placement de produits (le chocolat Meunier), puisque celui-ci est présent dans la salle et intéressé à investir dans ledit théâtre. Cet ajout, qui se voulait comique, devient lassant parce que répétitif et trop près des pratiques de placement de produits dans l’univers télévisuel.
Ce soir-là, tapi dans la noirceur de la salle du TNM y avait-il, honteux, un «coquiou»?