« Nous autres, pis Eux autres »

15 janvier 2012 18h04 · Bernard Wheeley

À propos l'article Voir La famille au scalpel

La pièce «Orphelins» de Dennis Kelly (auteur irlandais vivant à Londres) présentée jusqu’au 18 février à La Licorne a d’abord été créée au Festival d’Édimbourg en août 2009. Dominic Cavendish, critique au Telegraph  a dit  que « le dialogue de Kelly est vrai, direct et cru, et que la pièce décrit bien ce que certains d’entre nous vivons dans ce pays » (Écosse), Ce dialogue coup de poing a été habilement traduit avec sa saveur originale par Fanny Britt. En tant que metteur en scène, Maxime Dénommée a eu l’intelligence de respecter la lettre et l’esprit du texte tout en assurant une bonne direction d’acteur.

Helen (Évelyne Rompré) et Danny (Steve Laplante) vivent dans un logement meublé sans grande originalité. Celui-ci, situé  à un étage élevé d’une tour à logements, offre une vue imprenable sur d’autres tours. Dans les hauteurs, on se sent à l’abri des étrangers et de la racaille avec qui il faut composer dans le quartier. C’est rassurant.

Danny a fait garder leur enfant chez ses parents. Bonne pâte, il a mitonné un petit souper d’amoureux avec vin et chandelles pour  probablement fêter la venue d’un 2ième enfant. Alors que le couple s’apprête à se mettre à la table, Liam (Étienne Pilon), frère d’Helen, à qui on a donné une clé du logement, fait irruption. Son chandail est maculé de sang. Helen est ébranlée, Danny secoué. Il se ressaisit et interroge Liam sur les circonstances de cet état de fait. Semble-t-il que Liam a tenté de réanimer un jeune immigrant qui aurait été poignardé par une gang. Il l’aurait pris dans ses bras pour l’aider et le sang de celui-ci aurait taché son chandail. Helen, sœur super protectrice qui a élevé seule Liam, puisque leurs parents sont morts dans un incendie, propose de laver le chandail.

Pendant qu’elle se rend dans la salle de lavage, Danny se dirige dans la cuisine prendre le téléphone pour appeler la police. En revenant, elle  le surprend et lui interdit de le faire parce que Liam a déjà un casier et que la police sauterait aux conclusions. Danny en tant que citoyen responsable ne peut se résoudre à laisser un humain peut-être mourir au bout de son sang dans la rue. Helen ne voit vraiment pas la chose du même œil. D’après Liam, la victime faisait partie du groupe de «pakis» (Pakistanais) qui avait attaqué Danny quelques semaines auparavant. Peut-être le «paki» a-t-il eu  ce qu’il méritait? Danny n’en revient tout simplement pas et  persiste à vouloir appeler la police. Helen le somme de choisir entre sa famille, »leur famille » et le «paki», à choisir entre «Nous autres» et «Eux autres». Elle le traite de lâche et remet en question la naissance du 2ième enfant. Elle en fait un enjeu. Liam voyant à quel point la situation dégénère fait d’autres révélations troublantes le mettant en cause.

La suite est d’une violence insoutenable, inimaginable. Danny choisira non sans renier une partie de ses croyances. La fin de la pièce est percutante et dure. Ce texte de Kelly est d’une actualité criante à l’heure des accommodements plus ou moins raisonnables, de la violence dans le métro, du sans-abri étranger tué dans ce même métro, de  l’affaire Shafia.

Étienne Pilon joue avec vérité un punk manipulateur détestant les étrangers et adorant sa sœur. Évelyne Rompré campe très bien une femme froide, manipulatrice et sans compromis. Elle est solide. Le jeu de Steve Laplante est tout en nuances. Son personnage se transforme de scène en scène. Laplante a pris du métier et sa performance est exceptionnelle. Il démontre une belle maturité d’acteur.

Dennis Kelly démontre bien que l’on se retrouve chacun tout seul avec ses croyances quand on choisit «Nous Autres» sans «Eux Autres»

 

Classé dans :  Scène

Ajouter un commentaire

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

Branchez-vous

Pour vous connecter veuillez d'abord vous identifier. Vous pouvez aussi créer un compte.

Bernard Wheeley

Avatar

Je suis un passionné de théâtre. J'assiste à un miniimum 50 à 60 pièces de théâtre par année. J'ai fait du théâtre amateur. J'ai fait également du cinéma (court métrage) Ouvert aux échanges de points de vue par courriel. Voici mon adresse électronique: wheeleyb@colba.net. Prière de faire référence au Voir dans l'objet du couuriel.

Catégories