20 novembre 2011 19h07 · Bernard Wheeley
À propos l'article Voir Illusion (L')
mais bel et bien à du théâtre que nous convie Anne Millaire metteure en scène de «l’Illusion comique» de Corneille présentée au Théâtre Denise Pelletier. En effet, même si le magicien Alcandre (Denis Mercier) dit «sous une illusion vous pourriez voir sa vie», à un père qui cherche son fils Clindor (Vincent Fafard) à travers le monde, ce fils qui a fui le foyer familial à cause d’un père trop sévère, Alcandre d’un geste magique ne lève-t-il point le voile (rideau) sur une scène de la vie de Clindor?
On le retrouve, à titre de suivant, aux côtés de Matamore (David-Alexandre Després), capitan fantasque, fanfaron, terreur des Rois, des Empereurs, des Sultans. On le réclame partout pour vaincre des ennemis. Mais en vérité, de Matamore, il n’a que le nom puisqu’à la première menace, on perdra sa trace. Celui-ci est amoureux d’Isabelle (Isabeau Blanche), magnifique princesse qui ne manque pas de soupirants tellement ses charmes sont attirants. Clindor est son amant tandis qu’Adraste (Frédéric Millaire-Zouvi) en est également amoureux. Lyse (Andrée-Anne Lacasse), servante d’Isabelle, amoureuse de Clindor, s’organise pour brouiller les cartes. Il lui fait la cour, confessant vouloir marier Isabelle pour sa fortune et faire d’elle sa maîtresse. Lyse, amère, facilite des rencontres nocturnes pour confronter les soupirants d’Isabelle. On joue de l’épée. Clindor croise le fer avec Adraste et le touche mortellement. Aussitôt emprisonné, Lyse (encore elle) trouve un moyen de le faire s’évader.
Le trio, en exil depuis deux ans, Isabelle se plaint à Lyse des infidélités de son mari Clindor avec Rosine, princesse d’Angleterre (Andrée-Anne Lacasse). Protégeant les intérêts de son maître Florilame, mari de Rosine, Éraste (Frédéric Millaire-Zouvi), amoureux d’Isabelle, surprend le couple dans les jardins la nuit et les tue tous les deux. Fin tragique, s’il en est une? Pendant ce temps, le père de Clindor, toujours dans la caverne avec le magicien, est tout chamboulé et veut rejoindre son fils dans la mort. N’est-ce pas là une tragédie aux accents comiques qu’a écrit Corneille? Une pièce de théâtre présentée par Alcandre comme une Illusion.
Voilà tout le génie du texte de l’auteur ainsi que l’intelligence et l’ingéniosité d’Anne Millaire qu’on voit en action pendant les scènes finales. L’éclairage devient plus blafard, un à un les pendrions sont levés dénudant ainsi la scène et, à travers le voile magique d’Alcandre, ne voit-on pas vivants et morts compter de l’argent? Le père confondu par cette impossibilité se fait dire qu’il voit la troupe de théâtre de son fils partageant la recette de la soirée. N’est-ce pas à du théâtre que l’on vient d’assister? Le père dira «J’ai pris sa mort pour vraie, et ce n’était que feinte». Le voile se lève, les comédiens circulent pendant que trois structures, trois poutres gigantesques, ayant servi de décors, s’élèvent vers le plafond du théâtre. Finalement, la scène se retrouve nue, vide. Seuls les ménestrels qui ont ponctué avec doigté, à des moments choisis, certaines actions des comédiens restent sur scène.
On se doit de souligner l’excellence de toute la troupe et de surligner la prestation remarquable d’Andrée-Anne Lacasse, très naturelle dans son jeu et à l’aise avec les alexandrins ainsi que le dynamisme de Vincent Fafard. Car faut-il le rappeler, que par le jeu si vraie des comédiens, le théâtre ne devient-il pas la parfaite Illusion?