Faire voir l’horreur,

4 novembre 2011 12h52 · Bernard Wheeley

À propos l'article Voir La vie au noir

sans jamais la montrer, voilà le tour de force qu’a relevé Luce Pelletier- directrice artistique du Théâtre de l’Opsis- en mettant en scène, en première mondiale, «Les enfants de la pleine lune» de l’auteure italienne Emanuelle Delle Piane. Celle-ci s’est inspirée d’un drame sordide survenu en Autriche en 2008 alors qu’un père a séquestré sa fille pendant 24 longues années dans un sous-sol insonorisé sous sa maison, années pendant lesquelles il l’a agressée à répétition et lui a fait sept enfants.

Le texte de Delle Piane donne la parole à quatre personnages : Maude (Catherine Paquin Béchard), Jules (Steve Gagnon), la Mère (Louise Cardinal) et le Vieux (Jacques l’Heureux). Le décor dépouillé d’Olivier Landreville donne le ton glauque et lugubre. En plein centre de la scène, un long escalier monte vers une porte tout en bois d’où surgira le monstre. Au dernier tiers de l’escalier, il a créé un palier dépassant à la fois côté cour et jardin. Sous celui-ci,  les dernières marches mènent au bunker fait de blocs de parpaings dessinant à trois pieds du sol le périmètre de la prison. Seul un lit meuble ce lieu. Aucun jouet.

L’auteure a pris l’option de faire voir la situation à travers les yeux d’ados un peu naïfs et crédules. D’une part, ils sont terrorisés par les dangers d’une guerre inventée de toute pièce par le Vieux et, d’autre part ils rêvent au monde extérieur tel que raconté, comme un conte de fée par la Mère. Difficile de décrire des couleurs, des odeurs à des ados qui ne connaissent que le gris. Celle-ci évoquera le jaune du soleil en le comparant au jaune d’un œuf. La Mère  entretiendra les rêves de Maude et de Jules, donc leur espoir, en leur racontant des variantes du même conte aussi souvent qu’ils le demandent.

Louise Cardinal joue avec beaucoup de nuances cette mère un peu naïve, qui nourrit ses enfants de souvenirs d’il y a 24 ans. Elle les protège, les organise et surtout leur évite l’odieux en se soumettant en silence aux agressions du Vieux. Ces scènes abjectes sont évoquées par des gestes bien chorégraphiés, l’imaginaire faisant le reste. Répétés à plusieurs reprises, elles deviendront intolérables. Un jour, la Mère disparaîtra et le Vieux s’en prendra à Maude. L’horreur est à son comble. Maude et Jules, très bien habités par les jeunes comédiens, contesteront le Vieux qui leur fera vivre des sévices pour affirmer son autorité.

Le seul bémol de la pièce se situe dans le jeu de L’Heureux. Le Vieux est très autoritaire mais pas grotesque, pas monstrueux, pas assez désaxé. Il n’affiche pas toute l’ampleur de sa laideur. Choix de l’auteure ou de la metteure en scène, qui sait?  Peut-être ne voulait-on pas faire voir « toute » l’horreur?

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