Fragile et dangereux

25 février 2010 20h23 · Bernard Wheeley

À propos l'article Voir Porc-épic

Il ne s'agit pas ici seulement de l'animal, le «Porc-Épic», donnant son nom à la pièce de David Paquet présentée par le PàP à l'Espace Go, mais également des personnages de cette pièce. Ils sont fragiles, dangereux et quelquefois violents. Paquet a choisi de présenter un éventail de personnages marginaux. Cassandre (Marika Lhoumeau) sorte de poupée excitée s'inventant son propre jour d'anniversaire pour ne pas souper seule, Slyvain (Jean-Pascal Fournier) – oui Slyvain parce que sa mère était dyslexique -, saignant du nez, vomissant lorsqu'il pense ou est à proximité de l'être aimé, Suzanne (Dominique Quesnel) femme enceinte, totalement désabusée, fumant sans arrêt pour le bien-être de son bébé, sont tous des êtres terriblement seuls. L'auteur met en scène un couple Théodore (Antoine Bertrand) et Noémie (Geneviève Schmidt) qui ne le restera pas longtemps. Noémie insiste tellement pour avoir un bébé que Théodore, écoeuré par les demandes répétées de sa femme, lâche le morceau : « Ch'te désire pu ». Deux autres solitudes.

Tous ces êtres se rapprochent les uns des autres à un moment donné. Ainsi, Suzanne, enceinte, rend visite à Noémie, la voisine d'en haut. Celle-ci en prend soin, jusqu'au point de l'inciter à piquer un petit somme sur sa chaise longue. Pendant son sommeil, Noémie frappe le ventre de Suzanne à coups de bâton de baseball. Cette violence engendrée par la jalousie engendre aussi une grossesse. Ainsi, le bébé de Suzanne est transféré dans le ventre de Noémie. Quelle est la symbolique de ce phénomène? La prochaine génération est porteuse d'espoir…pas certain, surtout si en bout de ligne on accouche d'un canard.

Le problème que j'éprouve avec cette pièce se situe dans la fausseté de l'allégorie des porcs-épics. Seuls, ils ont froids. En se rapprochant pour se réchauffer, ils se font mal de par leur nature même. Aucun n'a recours volontairement à la violence. Or Noémie manie le bâton allègrement. La violence verbale est aussi présente. De plus, dans l'allégorie les porcs-épics sont normaux. L'auteur présente des marginaux. Les normaux auraient-ils été moins violents? Choix plus fantaisiste mais moins porteur de réflexions.

Tous les personnages, hauts en couleurs, sont très bien interprétés par les cinq comédiennes et comédiens. Marika Lhoumeau donne une énergie démentielle à Cassandre. Le niveau d'énergie qu'elle déploie pour essayer d'être heureuse n'a d'égale que l'abîme de sa solitude. Des excès de Cassandre se dégage une tristesse infinie.

Dominique Quesnel, la meilleure tragédienne québécoise du peuple, est Suzanne, une «looser» asociale qui remplace Slyvain au dépanneur en souhaitant ne pas avoir à répondre à des clients, ni au téléphone. Dominique Quesnel excelle toujours dans les rôles de femmes déchirées, blessées par la vie. On n'a qu'à se rappeler sa prestation dans «Tête Première».

Le texte de Paquet est direct, cru, fantaisiste et surréaliste. La mise en scène intelligente, allumée de Patrice Dubois anime le texte par une superbe direction d'acteurs. À voir si on aime les piquants. Dangereux pour les fragiles.

 

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Bernard Wheeley

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Je suis un passionné de théâtre. J'assiste à un miniimum 50 à 60 pièces de théâtre par année. J'ai fait du théâtre amateur. J'ai fait également du cinéma (court métrage) Ouvert aux échanges de points de vue par courriel. Voici mon adresse électronique: wheeleyb@colba.net. Prière de faire référence au Voir dans l'objet du couuriel.

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