«Il n’aura pas le temps de tout faire».

12 février 2010 23h10 · Bernard Wheeley

Voilà
le constat que fait le roi Bérenger 1er dans la pièce «Le Roi se meurt» d'Eugène Ionesco présentée au chaleureux
théâtre l'Aube des Saisons à Joliette. Malheureusement pour Bérenger
1er, la reine Marguerite, sa 1ère
épouse, lui annonce froidement qu'il mourra à la fin de la pièce soit dans
1hre30. Comme Carla Bruni, il en redemande. Si celle-ci se contente d'une toute
petite minute, Bérenger 1er,
joué avec dignité, prestance et grandiloquence par Francis Durocher, désire avoir un siècle pour se préparer à sa mort.
Implacable annonce faite par une Reine plus royale que son Roi.

Marguerite, altière, règne sur la dernière heure du roi Bérenger 1er. Elle est en
contrôle, dominante et forte. Cette femme connaît son devoir. Il lui incombe de
faciliter, en peu de temps, le passage de la vie à trépas de son roi. Liliane Boucher incarne sa majesté Marguerite avec conviction,
détermination et panache. Sa démarche est vive, volontaire et surtout royale.
Elle sait que l'heure est venue. Malgré que le roi se défende d'avoir occupé
tout son temps aux affaires du royaume, d'avoir vu aux choses de l'état, la reine Marguerite lui rappelle toutes ses
insouciances, toutes ses négligences, tous ses voyages de noces avec la reine Marie, 2ième épouse mais
1ère dans son cœur.

Marguerite ne peut compter sur la reine Marie pour remplir sa mission. Marie est une femme faible, déjà brisée
par l'annonce de l'inéluctable. Elle croit que son amour suffira pour sauver la
vie de son roi. Le jeu d'Aurélie Morgane
confère à Marie une fragilité et une
naïveté tout en nuances. Elle est la dépendance incarnée. Elle pleure,
pleurniche tellement que ses yeux se gonflent et que son visage se défait. Toutefois,
Marguerite a un allié, le médecin du roi
(Louis-Charles Sylvestre – comédien très
allumé), astrologue de surcroît, personnage hurluberlu amenant la juste dose d'humour
à cette cérémonie funeste.

Cette
cour ne serait complète sans une femme de
ménage
doublée d'une infirmière,
rôles interprétés par la présence discrète et efficace d'Isabelle Ross, toujours prête à servir ses maîtres. Jocelyn Coutu incarne avec aisance, bonhomie
et facilité le garde du roi. Personnage
servile et simpliste qui se plaît à répéter les constats de la reine
Marguerite. Un perroquet sur deux pattes apportant à la pièce sa dose d'absurdité.

«Le Roi se meurt» est une pièce sur la
mort mais aussi sur la façon de vivre sa vie pour mieux faire le passage à la
mort. René Gareau, metteur en scène,
a su équilibrer le sérieux du propos aux plaisirs de la vie, en parsemant sa
mise en scène de moments de folies complètement décalés, (comédiens faisant les
guignols en criant Vive Le Roi! à chaque fois que celui-ci se relève suite à
une chute), en insérant une chanson contemporaine ainsi que des anachronismes
tels la présence d'un cellulaire, d'une boîte de papiers mouchoirs. Les
costumes qu'il a créés sont une splendeur. Les couronnes de Richard Provost et les bijoux de Charlotte LaRochelle contribuent à conférer
aux personnages leur royauté.

Je
suis heureux d'avoir découvert de nouveaux comédiens, un nouveau théâtre et
content d'avoir pris le temps de me rendre à l'Aube des Saisons à Joliette pour
vivre une belle soirée de théâtre. J'ai eu le temps, et vous, l'avez-vous?

 

À
l'affiche jusqu'au 20 février à l'Aube des Saisons.

 

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Je suis un passionné de théâtre. J'assiste à un miniimum 50 à 60 pièces de théâtre par année. J'ai fait du théâtre amateur. J'ai fait également du cinéma (court métrage) Ouvert aux échanges de points de vue par courriel. Voici mon adresse électronique: wheeleyb@colba.net. Prière de faire référence au Voir dans l'objet du couuriel.

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