25 janvier 2010 13h48 · Bernard Wheeley
À propos l'article Voir Liste (La)
la
vie moderne en est tellement remplie qu'on doit avoir recours à des listes pour
se rappeler de tout. Malgré que ces choses soient écrites, il arrive qu'on en
échappe. «La Liste» de Jennifer Tremblay est l'histoire d'une
femme qui en a échappé une, une urgente, une qui aura des conséquences. Elle
vit dans un petit village trop tranquille, loin de la ville, isolée de tous. Le
texte, de cette lauréate du Prix du Gouverneur général en théâtre en 2008, est
direct, simple, saccadé et dépouillé de fioritures stylistiques. Il va au cœur
des choses. Aucune digression possible, seul l'essentiel compte et est conté.
L'écriture de Tremblay est semblable à celle d'Agota Kristof. Phrases courtes,
précises, sans compromis, style courriel comme elle l'a décrit elle-même. À
travers le récit, la répétition de listes de choses à faire s'entend comme un
reproche ou un rappel témoignant du poids implacable de la gestion du volet
domestique d'une vie de famille : les enfants,le ménage, les achats, les
rendez-vous, etc. Voilà ce qui accable cette femme sans nom qui a eu le malheur
de négliger une tâche.
La
grande intelligence et la grande sensibilité de la mise en scène de Marie-Thérèse Fortin résident dans sa
capacité de se mettre au service de ce superbe texte dans la simplicité. Les
silences qu'elle introduit dans le récit accentuent le sens des mots et
surtout, met l'accent sur les états d'âme du personnage. Le décor minimaliste
de Jasmine Catudal donne toute la
place à la parole portée par l'interprète. Au fond, un mur gris en lattes de
bois verticales est habité par trois portes ouvrant sur des placards et côté
jardin, une fenêtre carrée donne sur un jardin avec vue sur un arbre carré. Une
table sans artifice, des chaises en bois, dont une berçante devant la fenêtre,
meublent si peu l'espace. Sur le haut du mur, une petite voiture rouge,
représentant «l'Ulysse de banlieue», le mari, quittant la maison pour le
travail, ne fera qu'une seule course de jardin à cour pour marquer la solitude
dans laquelle cette femme se retrouve. Tout cet espace respire l'ordre, la
propreté, le sens de l'organisation d'une femme en contrôle. Et pourtant… Les
éclairages de Claude Cournoyer sont
les reflets lumineux de la vie intérieure de cette femme affligée par sa
négligence. La couleur du mur et de l'espace change en douceur du gris pâle au
vert pâle…en catimini.
Cette
mise en scène est orchestrée de main de maître pour permettre à Sylvie Drapeau, magnifique tragédienne,
de communiquer sur la pointe des pieds, avec hésitations, toute l'intensité de
sa détresse, de son désarroi. Son jeu, tout en nuance et en retenue, amène le spectateur
au cœur de son drame. La comédienne s'efface totalement et le personnage prend
place.Il faut être grande pour se rendre si fragile.Sylvie Drapeau l'est. Cette femme se sent coupable, terriblement coupable de la mort de
Caroline. Et pourtant…elle n'est qu'une femme qui avait, sur sa liste, trop de
choses à faire. À voir.
p.s. :
supplémentaire dimanche le 7 février à 15hres.