Je suis un témoignage

17 janvier 2010 0h15 · Bernard Wheeley

À propos l'article Voir Portier de la Gare Windsor (Le)

Voilà
la première réplique dite par Jean-François
Casabonne
en entrant sur scène. Qui dit témoignage, dit témoin. Témoigner
veut dire donner sa version des événements. C'est ce que fait «Le portier de la gare Windsor» dans la
pièce du même nom de Julie Vincent présentement à l'affiche à la salle Fred
Barry. Le témoignage qui y est livré porte sur 30 ans de vie. Le texte de Mme
Vincent tient compte de la confusion qui obscurcit la mémoire de cet homme
troublé, désorienté et désemparé. Les événements que Francisco évoque, qu'il se remémore se déroulent dans des lieux
situés tantôt à Montevideo, tantôt à Montréal. Les comédiens accessoiristes,
dans un ballet de déplacements réglé au ¼ de tour, créent à l'aide de valises
de toutes sortes, ces lieux. Ainsi, avec peu de moyens, on arrive à évoquer la
maison familiale de Francisco, un bureau de psychiatre, un d'architecte, un
café, une place publique, un cinéma et deux gares. Chaque changement de lieu
implique l'ensemble des comédiens qui, par leurs costumes et le déplacement des
valises, indiquent l'époque et le lieu où l'action se situe. Loin d'être
agaçant, ce ballet transmet la fébrilité de la vie à Montevideo ou à Montréal,
fébrilité accentuée par la projection rapide d'images sur le mur du fond. Ce
ballet est preuve que la vie continue malgré la détresse de Francisco.

Le
parallèle entre le régime de dictature qui a sévi en Uruguay de 1973 à 1985 et
la situation du Québec, province qui veut s'affranchir peut sembler être tiré
par les cheveux pour certains. Tous les peuples rêvant de liberté ne
s'abreuvent-ils pas à la même source de l'espoir ? Le désir de changement de
régime ne trouve-t-il pas toujours écho auprès de la jeunesse? Le texte de Vincent le démontre bien même si les
enjeux choisis n'ont pas le même poids. Que dire de Claire (Geneviève Rioux),
femme de chambre québécoise au service de la maisonnée d'un magnat de la
compagnie ferroviaire, qui se fait violer par ce fils anglophone qui la traite
de «bitch»?  De surcroît, elle mariera
son violeur et profitera de son argent pour poursuivre sa carrière
internationale de pianiste. N'est-ce pas là une métaphore assez forte d'un
Québec qui se fait exploiter par les financiers anglophones ? Ce parallèle
trouve des résonances auprès des spectateurs.

 Jean-François Casabonne, ce comédien Singulier, porte avec une
intensité exceptionnelle, voire extraordinaire, le témoignage de son
personnage, soutenu dans sa démarche par des Pluriels, c'est-à-dire des
comédiens présents, allumés et justes, l'accompagnant dans les divers épisodes
de sa vie. Geneviève Rioux, Noémie
Godin-Vigneau et Francesca Bàrcenas
apportent une sensualité nourrie par
les tangos joués au bandonéon, une sensualité donnant le goût de vivre.
D'ailleurs, Francesca Bàrcenas danse
avec grâce et élégance un tango classique. Difficile de la quitter des yeux. Stéphane Blanchette fait détester à
souhait son personnage d'inquisiteur de la corporation des architectes. Victor Andrès Trelles Turgeon et Éric Robidoux sont de bons partenaires
pour Casabonne. Jean Maheux, quant à lui, s'est fait discret puisque que ses
personnages l'étaient.

 Ce
billet est incomplet. Malgré des omissions au sujet du décor sobre mais
évocateur, des épisodes de la vie de Francisco, ce billet devrait vous inciter
à voir «Le portier de la gare Windsor»
pour le tango, l'ouverture sur le monde et pour le jeu intense de Jean-François Casabonne. Ce spectacle
vous est proposé par la troupe Singulier Pluriel. Voilà, c'était mon témoignage.

 

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Je suis un passionné de théâtre. J'assiste à un miniimum 50 à 60 pièces de théâtre par année. J'ai fait du théâtre amateur. J'ai fait également du cinéma (court métrage) Ouvert aux échanges de points de vue par courriel. Voici mon adresse électronique: wheeleyb@colba.net. Prière de faire référence au Voir dans l'objet du couuriel.

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