«À la place du spectateur moyen»

23 janvier 2009 0h22 · Bernard Wheeley

À propos l'article Voir Provincetown Playhouse, juillet 1919, j'avais 19 ans

je me suis dit, « il ne
comprendra rien ». Voilà une réplique de Charles Charles dite au mi-temps de ce «Provincetown playhouse, 19
juillet 1919, j'avais 19 ans
» qu'il rejoue dans sa tête depuis 19 ans.
Et je dois admettre qu'il a bien raison. Voilà comment je me sentais,
spectateur pas si moyen que ça, à la moitié du spectacle du même nom présenté
au Théâtre d'Aujourd'hui. Le malaise que j'éprouve avec cette pièce en est un
de forme, une forme favorisant la «réflection» (au sens anglais du terme)
plutôt que la réflexion.

J'ai toujours pensé qu'au
théâtre, metteur en scène, scénographe, costumier, comédiens,…mettaient leur
talent au service d'un texte pour le mettre en valeur. Or ici, de l'aveu même
de la metteure en scène, Carole Nadeau,
celle-ci procède à l'inverse, c'est-à-dire qu'elle choisit sa technique et
choisit ensuite un «contenu» (texte) pouvant convenir à la technique. Elle
dira, non sans fierté, «Moi, c'est comme ça que je travaille». Je l'admets,
c'est un choix.

Pour comprendre mon malaise,
essayez de visualiser, côté jardin, un mur de 10 pieds de large, du plancher au
plafond, mur derrière lequel joueront des comédiens pour le bénéfice d'un
miroir de 25 pieds placé en angle au centre de la scène. Les spectateurs dans
la salle ne les voient pas en chair et en os mais voit leur reflet dans ce
miroir. Déjà cette installation me pose problème puisque ce médium coupe le
lien direct entre comédiens et spectateurs. La deuxième coupure survient
lorsque ces comédiens, sortes de personnages holographiques, jouent avec un
personnage bien présent soit le personnage de Charles Charles (Martin
Bélanger
) qui est face au public avec lequel ils n'ont aucun contact visuel
ou autre.. Tout le jeu se fait soit en fixant un point dans l'espace soit par
l'entremise du miroir. Jamais les comédiens ne se regardent.

Lors de la discussion qui a suivi
la représentation, deux comédiens diront qu'ils ne sont pas certains qu'ils
communiquent avec les spectateurs vus en partie dans le miroir. Certaines scènes
exigent d'eux qu'ils se cachent derrière ce grand miroir sans tain, pour
laisser apparaître leur visage ébloui par un projecteur les aveuglant. Ils
diront être incapables de voir la salle. En clair, ils ne voient pas les
spectateurs.

Sur le plan créatif, je reconnais
que la technique favorise cette impression d'être dans la tête du fou ou du
meurtrier. Les reflets sont les images de souvenirs fragmentés, de même que les
images projetées en fond de scène deviennent la toile de fond d'un esprit confus,
incapable de vivre dans le réel. L'ajout d'une bande sonore agressante à
souhait, de voix suramplifiées créent l'impression de créatures d'outre-tombe,
illustrent bien le cauchemar récurrent que vit depuis 19 ans cet emmuré vivant
dans sa folie. Il est vrai que cette folie est bien représentée, démontrée,
C.Q.F.D. Mais de mon point de vue, ce spectacle 
est un plus exercice de style qu'une pièce de théâtre.

En aucun moment le sort de Charles Charles ne m'a touché, intéressé
rejoint ou ému. Je ne me suis jamais posé cette question qui est au cœur de
l'énigme : est-il fou ou meurtrier? Carole
Nadeau
a évacué toute référence à l'homosexualité des protagonistes faisant
fi des motivations de jalousie ou de vengeance pouvant habiter Charles Charles. J'avais déjà vu cette
pièce à l'Espace Go où le texte avait été mis en valeur. Le résultat était
beaucoup plus dérangeant.

Si évoluer veut dire donner plus
d'importance au médium qu'au message, alors je refuse d'évoluer. Car si le
médium est le message (Marshall McLuhan), le message ici est aussi ténu qu'un reflet
d'image.

 

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Je suis un passionné de théâtre. J'assiste à un miniimum 50 à 60 pièces de théâtre par année. J'ai fait du théâtre amateur. J'ai fait également du cinéma (court métrage) Ouvert aux échanges de points de vue par courriel. Voici mon adresse électronique: wheeleyb@colba.net. Prière de faire référence au Voir dans l'objet du couuriel.

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