1 mars 2010 22h04 · Bernard Pottier
À propos l'article Voir Marcel Dzama
J'ai profité de la Nuit Blanche de Montréal-en-lumière pour visiter cette exposition, dont on m'avait dit le plus grand bien. L'entrée en matière, avec le film "The Lotus Eaters", est impressionnante. C'est vraiment une bonne idée de s'assoir pour les vingt minutes que dure le film. Très influencé par les surréalistes, on y retrouve la dichotomie classique de l'homme et la bête. Encore que l'un et l'autre peuvent bien échanger leurs rôles, lors de danses élégamment chorégraphiés, un ballet avec des ours et des loups que n'aurait pas renié Jean Cocteau, pour ne nommer que lui. Tout en redonnant vie à des personnages que l'on dirait sortis de la garde-robe d'un enfant à la créativité débordante, le film évite soigneusement de présenter une intrigue linéaire, nous laissant plutôt le soin de remplir nous-mêmes les espaces vides, d'imaginer et d'attribuer par nous-même un caractère aux images présentées.
Si les sculptures de plâtres et les costumes m'ont également conquis, j'ai été moins impressionné par les collages, desquels il se dégageait une certaine tiédeur dans le propos. La guerre, toujours la guerre… Dzama semble éprouver une relation ambiguë avec le fusil, où se mélange angoisse et fascination. Par contre, on dirait que sa seule posture est celle de l'artiste désabusé. Tellement tendance, certes, mais j'y ai senti une forme de cabotinage facile qui détonnait avec le reste.
Un mot pour terminer: je critique l'exposition que j'ai vue, pas celle que je n'ai pas vue. En effet, il appert que plusieurs oeuvres de Dzama avait été retirées des exhibits ce soir-là. Plusieurs versions circulaient quant aux véritables motifs de cette décision. Souhaitait-on simplement faciliter la circulation des visiteurs, un soir qu'une foule monstre était attendue? Ou a-t-on retiré les oeuvres les plus provocantes afin de ne pas choquer les familles? La rumeur qui circulait au sein des visiteurs tendait à accréditer la seconde hypothèse. Si fondée, voilà qui m'attriste et me révolte. Pourquoi présumer que des parents qui trimballent leurs petits dans un musée — d'art contemporain, de surcroît — seraient aussi étroits d'esprit? Un minimum d'audace n'est pas un défaut.
Note personnelle: ***