Petite fleur, piétinement des travailleurs…

9 février 2010 12h54 · Bernard Pottier

À propos l'article Voir À fleur de peau, un bouquet de la Colombie

Voici un film que j'aurais bien voulu apprécier davantage, vu l'importance du sujet, à savoir l'industrie des fleurs colombienne et les misérables conditions de travail qui y sont rattachées. Par contre, l'intention de départ, louable, d'éviter le misérabilisme, conduit à un film maladroit et dissipé. J'ai fait une indigestion de mignon. Ici, des enfants de la rue nous parlent de "leur rêve pour leur futur"; ailleurs, la narration s'épate de ce que "Daniel n'a jamais pris de médicaments". Allô????

Je dois quand même reconnaître comme qualité au film un effort sincère de rendre sans artifice la vie difficile des travailleuses colombiennes. Par contre, à force de vouloir faire "au râs des pâquerettes", on s'enlise fréquemment dans la guimauve. Les témoignages des différents intervenants apportent peu. La philosophie proposée dépasse rarement les citations de taverne, du style: "ça fait du bien de se prendre en main".

Dissipé: pour ne donner qu'un exemple, on aborde la création du premier syndicat des travailleurs de serre pendant deux minutes, pour ensuite couper aux enfants, pour ensuite faire apparaître la fleur en plastique d'une étudiante en arts, pour ensuite retourner dans les montagnes, sans qu'on sente la moindre ligne directrice à travers tout ça.

Bon, ceci dit, je m'en voudrais d'être trop sévère vis-à-vis la réalistrice, vu qu'il s'agit d'un film maison, tourné avec un budget très restreint. Les photographies sont jolies, et je crois que la cinéaste s'est retouvée face à un dilemme: comment traiter du sujet sans en faire un film lourd et sombre? Malheureusement, l'alternative proposée n'est pas parvenue à me convaincre.

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