John Kay – L’après Steppenwolf

17 septembre 2008 15h42 · Béatrice André



Dans sa chanson For the women in my life, John Kay se raconte :

I remember I was barely four
When mama told me "Daddy's gone : died in the war
He won't be home again"
I never knew him, a picture's all I had
Mama raised me all by herself through good and bad

Joachim Fritz Krauledat en 1944 dans l’Allemagne en guerre, John n’avait pas que de bonnes fées pour se pencher sur son berceau. Il avait un an quand son père est mort au combat. Encore bébé, il dut fuir l’arrivée des soldats russes dans les bras de sa mère par un rude hiver. Ils partirent vivre plus loin, tout en restant dans ce qui deviendra plus tard l’Allemagne de l’Est.

3 ans passèrent. L’enfant ne cessant de pleurer dès qu’il était exposé au soleil, on consulte un médecin. Son diagnostic est sans appel : Joachim souffre d’une maladie génétique qui provoque une très forte sensibilité à la lumière, sa vue est faible et il est daltonien. « L’enfant a besoin d’une bonne alimentation », soufflera le docteur à sa mère. Ce que, dans cette ville pauvre d’Arnstadt, celle-ci traduisit par « Partez à l’Ouest, pour le bien de votre fils ».

Fuir l’occupation soviétique fut un périple dangereux. Il permettra toutefois à Joachim (prononcer yoarim) de connaître une enfance plus paisible à Hannovre, en Allemagne de l’Ouest. Il grandira donc bercé par la culture germanique. Mais c’est le rock chanté en anglais qui le fascine dès son plus jeune âge, même s’il ne comprend pas encore un traitre mot de cette langue. 

À 14 ans, nouveau départ, nouvelle vie. Sa famille part s'installer au Canada. Joachim y apprendra l'anglais, changera son nom pour John Kay, jouera d'abord dans un groupe baptisé The Sparrows avant de connaître la gloire avec Steppenwolf, dont il emprunta le nom à un roman d'Hermann Hesse, ainsi que le lui suggéra le producteur du groupe, Gabriel Mekler (Der Steppenwolf, le loup des steppes, qui se prononce chtépène volf en allemand).

En 2001, John a enregistré un bel album pour lequel il renoue avec sa passion pour le blues (Heretics And Privateers). Et, sans se faire bêtement moralisateur, il y dénonce ce vers quoi notre monde s’oriente toujours de plus en plus. L’aveuglement lié à notre course vers la surconsommation, la culture du me, myself and I, l’aliénation du peuple dirigé par la pub et les médias. Dont il parle dans Endless Commercial :

Modern life's got you down? We got pills for all your ills
All you gotta do is buy a lifetime supply of magic potions
You won't know what to feel, what is fake and what is real
As they slowly take control of your mind and your emotions
Until you finally tow the line
You're not exempt, no you won't be forgotten
Take it from me, we know how to push your buttons
What you believe ain't subject to debate
We'll let you know what to love and what to hate
You'll be confused morning noon and night
We'll keep your senses occupied till your lobotomized
We'll entertain you till we drive you to drinking
Did you believe we want you to start thinking?

Récemment, un journaliste allemand a écrit un long et magnifique article sur John Kay. Plus précisément, sur John et lui… Ils se connaissaient quand John vivait encore en Allemagne. «Hannovre après la guerre : deux enfants jouent au foot. L’un d’entre eux chantera plus tard Born to be wild, l’autre deviendra journaliste et racontera leurs retrouvailles 50 ans plus tard ». Texte fort émouvant…

Si vous comprenez  l’allemand, vous pouvez le lire ici :

http://www.zeit.de/2008/08/Born-to-be-wild?page=1  

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