13 avril 2009 18h05 · Andrée Proulx
Alors que nous considérons vivre en démocratie, un système où le peuple est considéré souverain, nous subissons la dictature d’un groupe de privilégiés, une élite despotique, une oligarchie financière qui depuis plus d'une trentaine d’années impose son modèle à la planète. Qui définit un ordre mondial financier et l'impose à l’ensemble des états-nations qui doivent s’y soumettre. Le monde politique, représentant le peuple, s’est soumis à une infime élite : le monde de la haute finance.
500 personnes les plus riches au monde contre 416 millions des plus pauvres. Hervé Kempf, à l’émission TLMEP d’hier, expliquait clairement ce que tous ceux qui ont la moindre logique répètent depuis des années : les écarts entre les plus riches et les plus pauvres sont scandaleux. Qu’il y ait des riches n’est pas un problème en soi, selon lui. Ce sont ces écarts dignes de la pire rapacité qui privent les gouvernements de sommes qui pourraient être allouées à l’éducation, à la santé et aux infrastructures, alors qu’on nous chante sur tous les tons que de l’argent, il n’y en a plus, après avoir créé la pire dépression depuis les années 30.
Là où Hervé Kempf pousse la réflexion vers un constat déplorable, c’est que ce modèle de richesse se reproduit dans la population par «mimétisme». Le citoyen ordinaire aspire, lui aussi, à posséder plus qu’il n’est possible de consommer, causant ainsi une destruction de la planète à plus ou moins court terme. Cette logique de marché nous aspire et nous illusionne. Cette logique ne profite qu’à une infime minorité, capable d’extorquer la majorité par tous les moyens obscurs qui rongent l’économie. Patrick Huart, également présent à cette émission, démontrait de façon éloquente en offrant un verre d’eau polluée aux invités pour rappeler qu’une immense partie de l’humanité s’abreuve de cette eau. Et j’ajouterais quand ils y ont accès. Le G-20 a soulevé des espoirs. Sauf que pour aucun des maux identifiés qui rongent le système capitaliste, il n’y a de réelle volonté d’agir. Il n’y aucune entente sur les moyens d’y parvenir. Obama et les Américains veulent «relancer» l’économie et l’Europe «refonder» le capitalisme. Personne en fin de compte ne s’entend sur les moyens pour «corriger» cette économie mal en point. Alors maintenant que tout le monde sait ce que Hervé Kempf et tous les altermondialistes s’époumonent à identifier comme le conduit naturel vers la crise actuelle : les paradis fiscaux, le blanchiment d’argent, le secret bancaire, les fonds spéculatifs qui ne créent aucune richesse pour l’ensemble de la population et les agences de notation qui notent leurs propres clients, ne faudrait-il pas, après avoir identifié les «méchants» comme les ridiculise Gil Courtemanche en parlant de l’immoralité du capitalisme, ne faudrait-il pas, en tant que citoyens vivant dans une démocratie, exiger de nos gouvernements qu’ils cessent cette complicité avec les oligarchies financières afin de récupérer cet argent volé qui pourrait servir à l’ensemble de la population. Et surtout cesser de croire que la planète peut alimenter notre fringale de surconsommation, celle-là même qui nous a menés à la dégringolade de notre économie. Sommes-nous suffisamment conscientisés et politisés pour se mobiliser ? Autant que pour le CH ? Comme le propose le titre du livre d’Hervé Kempf : pour sauver la planète il faut sortir du capitalisme, tel qu’il est pratiqué par une oligarchie obscure et rapace. Empêcher les spéculateurs de miser sur l’alimentation, les besoins en eaux et bientôt sur l’air qu’on respire.