28 mars 2009 11h25 · Andrée Proulx
À propos l'article Voir Starmania
Ce n’est pas si courant de voir une salle comble de la Place des Arts se lever d’un bond en criant bravo, applaudir à tout rompre et siffler de plaisir pour une production de l’Opéra de Montréal. Car c’est bien de plaisir et d’émotion, d’admiration même que la distribution de Starmania, L’Opéra nous gratifie.
De la conception visuelle à la conception des costumes, de l’éclairage aux décors, de la remarquable mise en scène de Michel Lemieux et Victor Pilon, tous les éléments sont en place pour accueillir la merveilleuse distribution de chanteurs et de danseurs de la production. On aurait pu admirer l’art lyrique de cette production sans pour autant être ému par le volet théâtral. Tel n’est pas le cas.
Le rythme soutenu des arrangements musicaux du chef Simon Leclerc, les chœurs dirigés par Claude Webster qui en prolongent la musicalité, les chorégraphies percutantes de Stéphane Boko, l’hallucinante conception visuelle de Lemieux et Pilon confèrent à la musique de Michel Berger et aux paroles de Luc Plamondon l’intensité dramatique de l’œuvre originale. Les arrangements musicaux d’une grande qualité soutiennent les mélodies gravées dans nos cœurs. On est en terrain familier, mais on est aussi ailleurs. Chaque tableau nous étonne, nous ravit.
Bref, la distribution vocale qui galvanise l’audience est à la mesure d’un opéra contemporain de grande qualité. On demandait à Luc Plamondon dans une récente entrevue pour quelle partie de son œuvre voudrait-il qu’on se souvienne de lui. Après quelques moments de réflexion, il a répondu : «Starmania ce serait bien.» Si faire s’écrouler une tour représentant la puissance de l’Occident dans toute son intolérance trente ans avant les faits ne relève pas de la prémonition, on peut au moins parler d’inspiration sinon de sensibilité.
L’opéra est un genre parfois inaccessible à un public non averti. Trente ans plus tard, l’original Starmania rock qui confronte l’Occident à ses terreurs est toujours aussi actuel et ses personnages paumés nous émeuvent encore aujourd’hui. Les superbes mélodies de Michel Berger sont admirablement adaptées à cet autre genre qu’est l’opéra. Interprétées de façon magistrale par une distribution, elle aussi, inspirée. Un classique à revoir.