La vengeance qui enferme

26 janvier 2009 13h09 · Andrée Proulx

À propos l'article Voir Provincetown Playhouse, juillet 1919, j'avais 19 ans

C’est sans à priori que j’ai vu Provincetown Playhouse, n’ayant pas assisté à sa création en 2003.  J’avais toutefois vu Le passage de l’Indiana, Le Petit Köchel et Les Reines du même auteur, pièces  qui m’avaient familiarisée avec la  densité  littéraire de Normand Chaurette.  Rien n’est plus difficile pour un spectateur que d’avoir à défricher lui-même l’intention d’un scénario protéiforme.  Qui va dans tous les sens.  Dans Provincetown Playhouse,  l’angle que choisit la metteure en scène Carole Nadeau est l’exploration de la folie.  Dans une mise en scène  fragmentée, éclatée et explosive,  elle nous fait voyager dans la tête du protagoniste, Charles Charles, lui-même auteur et acteur.  On assiste à la reconstitution de l’unique pièce de théâtre dans laquelle il s’est lui-même enfermé.  «Le théâtre m’a donné la mort; le théâtre m’a sauvé la vie.»   Le  rôle de sa vie : simuler la folie  pour  s’éviter la peine de mort suite à l’odieux projet de vengeance  qu’il a formé par jalousie en découvrant  son amant, acteur de sa pièce, dans les bras d’un autre acteur une heure avant la représentation.     Multiplier les niveaux de lecture, tel est la spécialité de Normand Chaurette.  Afin d’harmoniser cet écart de sens  entre le spectateur et le propos de l’auteur, la mise en scène très physique de Carole Nadeau, autant que sa mise en espace tout en ombre et en miroir, concrétisent  l’obsession que revit soir après soir Charles Charles dans son asile d’aliénés.  J’y ai retrouvé la démesure qui met en relief un texte dont les fragments se mettent en place brillamment. Et patiemment.    Une mise en scène  comme celle de Provincetown Playhouse au Théâtre d’Aujourd’hui, lorsque bien maitrisée, ce qui est le cas, compense  l’absence de rebondissement du texte. La fameuse intrigue qu’attend le spectateur sinon il va sortir de la salle. Une allusion que se permet avec ironie Normand Chaurette qui offre ainsi au spectateur une clef de son énigme, celle qui permet d’entrer dans la tête de Charles Charles.     Le reflet des miroirs, les éclairages stroboscopiques et les voix dématérialisées  illustrent, oh combien,  le kaléidoscope qui envahit la tête d’un fou.  Le meurtre et le procès qui s’y déroulent simultanément font éclater un dénouement qui se dévoile aussi fatal qu’inattendu.   Avons-nous vraiment affaire à un fou ?   Ou à l’aveuglement de la vengeance ?     

 

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