20 novembre 2008 16h26 · Andrée Proulx
Daniel Jacques déclare dans son essai La fatigue politique du Québec français, que «les souverainistes ont beaucoup de difficulté à assumer cette décision collective et la réalité: le pays réel dans lequel les Québécois vivent est toujours le Canada!» Contrairement à ce qu’affirme Daniel Jacques, les Québécois n’ont pas décidé «collectivement» du «pays réel» lors du dernier référendum. Ni lors du premier d’ailleurs. C’est le vote de la communauté anglophone du West Island qui a décidé, dans une proportion dépassant les 90%, du maintien du Québec dans la Confédération canadienne. D’entraver la volonté du Québec français d’accéder au pays réel avec des pouvoirs réels sur son destin politique. Mais bien sûr au Québec, il ne faut pas parler de vote ethnique. Ce serait raciste, xénophobe et tout autre épithète sur l’absence d’ouverture d’un peuple, déjà ouvert depuis longtemps, sur le reste du monde. On encense, ces jours-ci, avec raison, les USA pour leur sursaut de dignité. Pour leur audace d’avoir porté, avec à peine un léger pourcentage de majorité, le premier Noir à la présidence du pays. En analysant l’élection d’Obama, qui se scandalise que le vote démocrate soit clairement disséqué, réparti et publié ? Déclaré sans fausse honte que c’est grâce aux Noirs, aux Latinos, aux femmes, aux jeunes et aux opposants à la guerre que Obama a battu McCain ? Mais ici, il faut plutôt accepter une arnaque comme un fait historique déterminant le sort d’un peuple : l’intervention illégale d’Ottawa dans une campagne où les sondages donnaient le Oui gagnant. Monsieur Frenette a la lucidité de reconnaître que «la référence à l'identité nationale est devenue essentiellement rhétorique.» Cette banalisation de l’idée d’indépendance parmi les générations actuelles reflète le manque de vision historique qui s’est emparée de ceux qui n’ont pas eu à se battre pouce par pouce pour ne pas être anéantis. «On vit aujourd'hui dans un univers de langage où la référence à la nation n'a aucune conséquence au niveau de l'organisation du pouvoir», affirme l’auteur de l’essai. Et j’ajouterais que si le rendez-vous a été manqué ce n’est pas à cause d’une décision collective du peuple québécois mais à cause du pouvoir réel d’une enclave du West Island. Je n’accepte pas l’explication avancée par certains, à savoir que, minoritaires au Québec, les Anglos obtiennent leur majorité à Montréal. C’est ce genre de faux raisonnement qui oblitère le vote francophone majoritaire. On argue que le vote francophone aussi était divisé. Que c’est un signe de démocratie. Et que, pour une partie des francophones, le fédéralisme est une option respectable. Je suis d’accord. Toutefois, contrairement au vote monolithique anglophone, le vote référendaire des francophones fut équitablement réparti. Le Québec français a voté démocratiquement mais pas stratégiquement. Si les souverainistes manquent de réalisme, ce n’est pas parce qu’ils refusent d’accepter la défaite, mais parce qu’ils furent incapables de voter de façon stratégique.