20 octobre 2008 11h45 · Andrée Proulx
À propos l'article Voir Top Dogs
On ne s’ennuie jamais avec le Théâtre de la Marée Haute. Symphonie Béton, leur deuxième pièce que j’ai vue au printemps m’avait impressionnée. J’avais découvert une troupe qui s’investit avec talent et livre une prestation physique époustouflante. Dans cet intime Espace Geordie, le metteur en scène, Michel-Maxime Legault, dispose de l'espace de façon ingénieuse.
Le Théâtre de la Marée Haute sait découvrir les textes percutants. Top Dogs de Urs Widmer, leur troisième pièce, a de quoi réjouir un amateur de théâtre contemporain. Mais plus encore, la jeune troupe possède des qualités d’interprétation d’une grande intensité et d'une diversité étonnante. Les comédiens incarnent des personnages à la limite de la caricature sans jamais dériver vers l’insignifiance. C’est grinçant, mais hallucinant de réalisme. Dans Top Dogs l’auteur trace une cartographie chirurgicale et implacable d’une société basée sur l’exploitation de ses ressources humaines. Dont la performance au travail et le rendement professionnel sont les valeurs auxquelles s’identifient les personnages. Tous floués par l’impitoyable «restructuration» des entreprises. Des hauts cadres qui se thérapisent entre eux, exorcisent leurs frustrations, leur amertume et leur colère à l’aide jeux de rôles révélateurs. Un à un les masques tombent, les carapaces s’effondrent. On rit pour ne pas pleurer tellement on reconnaît à travers les divers personnages ce monde de concurrence féroce, imprévisible et en perpétuel changement qui est le nôtre. Une satire cruelle et hilarante.