20 juin 2008 0h48 · Andrée Proulx
Issue d’une famille de militants de gauche, la journaliste Naomi Klein sait mettre le doigt sur les maux qui rongent l’Occident. Dans No Logo, son approche métaphorique de la mondialisation de l’économie démonte les rouages et les ressorts de la concentration des grandes corporations. Elle y démontre comment les investissements massifs en marketing au détriment de la production ont conduit à la perte de milliers d’emplois. Sa dénonciation de la mondialisation des marchés n’est pas toujours prise au sérieux parce que le modèle économique qu’elle propose est celui de l’autogestion qu’elle illustre dans son documentaire No Take sur la débâcle financière en Argentine. La détermination des travailleurs argentins de prendre en mains leurs propres entreprises, suite à la fuite des capitaux de leur pays mis à genou par les «ajustements structurels» du FMI, est une alternative qui, selon elle, pourrait fonctionner afin de freiner la scandaleuse prise de contrôle de l’économie par les requins de la finance. Une alternative où le consommateur est appelé à jouer un rôle majeur en achetant local ou équitable face à une économie où la spéculation crée un déséquilibre et un rapport de force devenu presque insurmontable ? Si les échanges et les traités commerciaux entre les pays existent depuis la nuit des temps, la globalisation des marchés, c'est-à-dire le commerce des biens et des services publics, est un phénomène nouveau. En effet, à cause d’une crise dans les services de santé créée de toute pièce et qui sème la panique dans la population, ces services n’appartiennent plus aux citoyens contribuables mais deviennent source de profit pour des investisseurs qui profitent de la déréglementation des marchés pour mettre la main dessus. Plus de distinction non plus entre une simple marchandise et un élément aussi vital que l’eau ou un besoin aussi essentiel que l’alimentation entre les mains de spéculateurs. Lorsque la croissance économique d’un pays comme le Canada repose sur la détérioration de l’environnement causée par l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta ou l’implantation au Québec d’un port méthanier malgré les risques que représente le projet pour les humains et l’environnement, on peut croire que la crise énergétique, comme la crise alimentaire d’ailleurs, profite à ceux qui la créent. Naomi Klein associe crise et spéculation. Quand l’agrobusiness se sera emparé des terres cultivables et que les monocultures vouées à la fabrication de substitut du pétrole auront remplacé la diversité agricole qu’est-ce que nous mettrons dans nos assiettes ? Et à quel coût ? À qui la crise alimentaire profitera-t-elle ? Les crises peuvent être surmontées de différentes façons. Mais tant que nous ignorons qui les crée, et avec quelle complicité, nous sommes perdants parce que nous sommes dans le noir. Cependant, une chose est certaine : «aucune solution ne semble passer par la poursuite du système économique que nous connaissons». (Gaétan Breton, À Bàbord!)