19 novembre 2009 14h27 · Andrée Landry
À propos l'article Voir Paradis, clef en main
Dans Paradis, clef en main, Nelly Arcan nous plonge dans la noirceur du mal de vivre ( et de survivre ) de son héroïne Antoinette. Toinette, la « diminuait » la mère, Toilette, entendait la fille. Est-ce pour ça que l'auteure nous abreuve jusqu'à l'écoeurement d'un vocabulaire de toilette : urine, merde et vomi. Que les critiques encensent cet oeuvre ultime de Nelly Arcan n'en fait pas, à mon humble avis de lectrice, un chef-d'oeuvre littéraire.
En lisant ce roman touffu et lourd, j'étouffais. Pas à cause du sujet, ni à cause des propos, mais à cause de la façon de livrer ces propos. Cette oeuvre posthume aurait eu intérêt à être révisée. On dirait que l'éditeur a profité du fait que le cadavre de Nelly était à peine refroidi pour le vendre « à la livre ». Elle qui condamnait le livre criminel, celui qui tue des arbres pour vivre.
Paradis, clef en main traite encore de la peur de vieillir, sujet si cher à Nelly Arcan. Ce refus de voir les rides et les cheveux blancs qui font partie du cycle normal d'une longue vie est une obsession chez l'auteure. Contrairement à ce qu'on perçoit dans ses autres romans, ici ce n'est pas l'héroïne qui craint la vieillesse, mais sa mère, sa presque ennemie.
Le coeur du propos n'est pas principalement la mort, mais les rapports mère-fille. On dirait un règlement de compte avec sa génitrice. Mourir pour la punir. Ironiquement, la suicidée survivra pour veiller sur sa mère mourante. Une fin louable. Une expiation de son crime ?
Cette magnifique citation à elle seule vaut la lecture de ce roman noir : « Les tombes ne parlent pas. Ce sont les survivants qui les font parler. Et les tombes, dans la bouche des vivants, sont bavardes. Elles n'en finissent pas de donner des nouvelles. »
R.I. P. Isabelle Fortier, alias Nelly Arcan