Se caméléoniser

19 avril 2013 9h54 · Alain Fortaich

À propos l'article Voir Les amants d’outre-tombe

Dans la pénombre, la salle et sur la scène, comme le pont d’un navire sur lequel tangueront les personnages des Liaisons dangereuses de Laclos dont l’histoire, connue, est condensée, épurée par le dramaturge Heiner Muller.   Le décor dès lors, a saisi mon regard qui n’a pu s’en détacher.  Un pan de rideau tiré puis un autre et d’autres aussi au gré du déroulement de la pièce afin de contenir dans  l’arène le pugilat des personnages, de les abriter du regard des spectateurs pour créer un huis clôt unique.  Pourtant, les comédiennes n’hésitent pas  à interpeller l’assistance, surtout au début de la représentation, où à lui demander son approbation. 

À quelques reprises, la rixe cesse puis l’éclairage s’éteint tandis que projetées d’abord en arrière-scène des images de visages, une foule comme notre reflet qui applaudit.  Les belligérants reprennent leur souffle avant d’entamer le prochain round; se prêtant un veston, ils intervertissent leur rôle.  En effet, quoi de mieux que de changer d’habit afin d’endosser le point de vue de l’autre, de se mettre dans sa peau?  S’il faut quelques minutes aux spectateurs avant de comprendre le stratagème, ce n’est que pour lui permettre de savoureux ce tour de passe-passe auquel se prête avec maitrise les comédiennes dirigées par Florent Siaud, le metteur en scène.

Les personnages navigueront donc sur un lit géant, le parcourant, s’y vautrant, s’y échouant et se rompant comme sur un écueil; ce lit qui, tel une bière, les accueillera.  Il en ressort donc une intense confrontation au cours de laquelle les Valmont, livré par une interprétation grave, à la Artaud, de Juliette Plumecocq-Mech et les Merteuil, qu’une interprétation nuancée de Marie-Armelle Deguy rend attachante, les Valmont et les Merteuil  ne cessent de discourir philosophiquement de la vie, de l’amour et de la mort; discours qui nécessite de la part du spectateur une grande attention s’il veut en comprendre la progression car l’auteur est économe de mots paradoxalement, dans cette abondance de réflexion.

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