La voix que j’ai…

27 février 2013 22h35 · Alain Fortaich

À propos l'article Voir Le retour du prince

Depuis une semaine,  je l’écoutais sur http://www.espace.mu.  Dès que je m’installais devant le clavier, invariablement, je le recherchais parmi mes sites préférés.  Il y a certes la joie de la découverte.  J’aurais pu attendre le spectacle, m’émerveiller devant telle mélodie, tel agencement des mots, tenter de recevoir telle autre chanson mais en être expulsée.  Toutefois, musicalement, pour ressentir une jouissance, il m’apparait nécessaire, sinon de connaitre, du moins de reconnaitre une pièce musicale afin de lui soutirer son âme, de s’y enlover.   Non, je n’aurais su attendre.  Peut-on refuser ce qui s’offre si docilement?  S’abandonner, certes, mais avec réserve car la pudeur camoufle une telle furie!

Le rideau se lève.  Tiens, ce n’est pas rien qu’une expression; il ne glisse pas mais s’élève vraiment ce rideau rouge.  Sur la scène, une foule.   Le cuivre étincelllant sous les projecteurs.  Une trentaine, parfois deux ou trois de plus ou de moins,  de musiciens et de chanteurs qui accompagnent Pierre Lapointe.  Voix rauque des hivers trop doux.   « Il a dû dormir les fesses à l’air » aurait dit ma mère.  Il débute son tour de chant. Pays de connaissance; les unes après les autres entonnées comme sur l’album. Pas de surprise, pas de hasard mais l’inconfort parfois d’un ton injuste, d’un vers rebelle. Le public, lui, en redemande.  Sa voix se perd dans la musique, il se perd dans les mots, il gagne en humanité en perdant de sa déité.  Qu’importe les ennuis techniques, mnémoniques ou organiques!  On l’apprécie avec ses failles, avec ses tares, à cause de son inventivité.  Ce n’est qu’un chanteur, que des chansons pas de quoi en faire un drame, plaidera-t-il,  que des mots énamourés à des syllabes musicales!  Mais quelles chansons, ai-je songé avant même qu’il n’affirme mais quelles criss de chansons :  phrasé psalmodié à la Ferré ou litanie remaniée à la Brel, soudainement enjouée, atmosphère festif du cabaret Sodome et Gomorrhe ou bien  la trop signifiante mélopée, la grandiose La date, l’heure, le moment qui devrait rejoindre Poussière d’ange d’Ariane Moffatt au rang des classiques.

Pause puis la seconde partie au cours de laquelle le chanteur daigne nous offrir ses classiques  dans lesquels on se vautre  jusqu’à s’en gorger, jusqu’à encore soif cependant.  Parce qu’il y a ces mots endiablés du bar des suicidés qui mène inéluctablement vers le colombariumdeux par deux rassemblés, on ne peut que pécher.  Si la voix l’abandonne,  ses mains, quant à elles, ne sont pas enrouées.  Elles distinguent ces touches noires, cette obscure mélancolie mêlée aux blancs osselets du piano.

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