Le Projet humanité

10 février 2013 23h05 · Alain Fortaich

À propos l'article Voir La force du groupe

À chaque occasion qu’il m’ait été donnée d’assister à la représentation d’un spectacle de Paula de Vasconcelos, à chaque occasion, j’ai été dérouté par l’émerveillement suscité en moi; son récent opus, Humanity project, ne le dément pas! Non seulement, sait-elle créer l’enchantement mais elle ouvre chez moi une petite pièce, guère utilisée désormais, dans laquelle s’abritent quelques muses en panne d’inspiration.

Le mur bleu de l’arrière-scène et ses quelques portes élargissent l’horizon tandis que la scène vide laisse toute l’amplitude aux danseurs qui l’envahiront, les uns à la suite des autres comme s’ils se présentaient à nous.  Puis la musique en deux temps : enrobante, à l’accent nouvel âge pour animer la foule ou bien rythmée afin d’accompagner et singulariser les tableaux qui expriment l’individualité d’un ou quelques danseurs.  Comme l’atmosphère musicale, la pénombre scande le temps.

Il y a cela, ces mouvements au sol,  ces corps agrippés à la terre.  Debouts, ces interprètes avec ces mouvements s’apparentant aux arts martiaux, relent tribal évocant le Sacré.  Il y a cela.  Les gestes synchrones de cet essaim d’humain qui nous happe.  Et il y a ceux-là qui émergent et se distinguent.  Duo d’amour, duo de guerre ou voyeur.  C’est si beau ce trio : une portée inédite, un point d’appui insoupçonnable : un danseur marche au sol, porte sur son dos un danseur au mouvement ralenti, au corps quasi éthéré si cela ne dépendait de celui qui le maintient.  Parfois, des tableaux répétés.  Puis attendus parce qu’un mystère les accompagne, le glissement de l’étoffe sur le corps; une gestuelle armée de poésie.  Un soupçon de compréhension s’agite en nous.  Mais qu’importe au final.  Il y a ce qui se meut sur scène, ce qui s’émeut en nous.  Nos yeux pleins, gorgés d’images.  Rien d’autre n’est nécessaire.

À chaque occasion, je suis dérouté par ce ravissement qui m’affecte!  L’oeuvre de la chorégraphe ouvre en moi une petite pièce, guère utilisée, dans laquelle s’abritent quelques muses qui dès lors s’activent.   J’imagine le Projet humanité avec des danseuses rondes d’enfant, mièvrement dans leur nudité puis des adolescents (es) aussi pour accompagner les multiples gens de tout les âges qui parcourent la scène.  Je vois des redondances gestuelles, des reflets et des ombres, des endroits puis des envers du mur.  J’imagine donc le Projet humaniterre : une version monochrome, dans les tons terreux et gris dans laquelle les danseurs exposent des revendications écologiques, j’image le projet humanitaire où le silence est banni : des danseurs vêtues de lambeaux, des enfants à la Pina Bausch, sales, s’extirpant de terre, une famine, un camp de réfugiés où poussent des barbelés, un holocauste sur la scène, des cris dans la tête, frétillant dans le sang, s’incrustant dans la cavité des os.  J’imagine tout cela et ce n’est pas par un manque qui affecterait le spectacle mais bien par l’effervescence créatrice qu’il éveille en moi et qui me saisit.  Qui donc a dit, le savez-vous, qu’un spectacle réussit en est un qui inspire?

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