5 octobre 2012 8h19 · Alain Fortaich
À propos l'article Voir Jeune fille et la morve (La)
Inspiré de La jeune fille et la mort de Schubert (1), il est évident, par son titre manifestement ludique, La jeune fille et la morve (2), que Mathieu Jedrazak inscrit son projet artistique dans le jeu et par sa terminologie descriptive, de surcroît dans le réel. En effet, il renonce à parler de l’immatérialité de la mort en nous entretenant plutôt de la réalité du corps. Afin de s’éloigner des concepts abstraits, il décrit donc une réaction physiologique de la tristesse bien concrète : l’écoulement nasal et la morve! Le contraste entre l’abstraction et la concrétion étonne lorsque l’on constate que l’action se déroule dans un hôpital psychiatrique. Le paradoxe qui en résulte induit le jeu constant de déséquilibre mental dont est atteint le personnage principal. Ainsi, si le metteur en scène s’inspire de la mélancolie présente dans l’oeuvre schubertienne, c’est pour nous confier la vie de cette frèle danseuse qui occupe le plateau, Amélie Poirier et accentuer le mélodrame dont elle s’auréole.
D’abord, un mannequin, une danseuse amputée de ses pieds, de ses mains, sous le halo des projecteurs. Et cette voix off qui raconte. Tantôt celle d’Amélie ou bien la voix de sa professeure qu’elle personnifie, enseignante qui n’a d’yeux que pour une élève, qui a peu d’égard pour les autres. Les rêves brisées s’accumulent, un égo est froissé : la blessure est un corps imparfait, qui se transforme, devient pubère : la blessure origine de ces fesses charnues et de cette poitrine qui effleure. Il devient impossible de ne pas lier l’état de ce personnage si articulé, dont saille pourtant une fragilité psychique, à celui de ce pantin presque désarticulé. Jeux de lumières. Les ombres sont décuplées; le personnage multiple.
Hors de la danse, qu’est la danseuse ? semble interroger Jedrazak, si ce n’est qu’une marionnette sans tonus voire sans personnalité. Par conséquent, le personnage a-t-il d’autres alternatives que de modifier son apparence voire changer de genre, s’il veut séduire cette mauvaise pédagogue? Critique, ce spectacle dénonce les exigences du métier, la nécessité de la perfection corporelle, et le renoncement à soi, à ce que nous sommes réellement. Cette folle quête de gloriole qui nous mène et nous mène jusqu’à nous détruire.
À nouveau, par ce spectacle, nous sommes confrontés à l’ambiguïté des genres : danse ou théâtre ? Si le personnage de ce monologue, et ce n’est pas innocemment que je n’utilise pas le terme solo, ne cesse de discourir à propos des classes de danse qu’il a fréquenté, de l’absence de pudibonderie dans les vestiaires féminins, de pas chassés et de ballerines, en fait qu’il nous démontre par quelques mouvements agiles et maitrisés qu’il pratique avec aisance la danse, il nous indique surtout qu’il ne s’agit pas d’un spectacle de danse quoiqu’il traite de la danse. En effet, quelques entrechats permettent-ils d’affubler ce genre spécifique à ce spectacle ? Je ne le crois pas. Certes, j’admets qu’il y a un peu de ci puis de ça mais ceci fait-il nécessairement ceça?
1) Schubert http://www.youtube.com/watch?v=azGjSn52KRo
2) En répétition http://www.youtube.com/watch?v=MkizLfrLGHw