Dieu est mort, vive dieu!

2 juin 2012 9h42 · Alain Fortaich

À propos l'article Voir Jésus-Christ démasqué

.  L’intérieur sous le regard omniscient du Christ peint par Antonello de Messine.  Tout du long son regard accroché au nôtre puisque Dieu est partout, Dieu est tout, qu’il voit tout.  Tout est d’une blancheur immaculée.  Comme des ailes d’anges.   Intérieur : salon, salle à dîner, chambre à coucher.  Des cloisons que l’on imagine.

La pièce de Romeo Castellucci met en scène un père et son fils.  Un père désormais âgé, incontinent.  Blessé de surcroît par ces indispositions qui l’affectent.  Peu de mots sont échangés.  De circonstance, pour meubler le silence.  En fait, le théâtre est dans le geste.  Dans la tendresse des mains, sur un sourire, dans le désespoir et l’apitoiement.  Le théâtre est dans le geste devenu rituel, symbolique.  S’agenouiller afin de laver le père.  Comme on lave des pieds.  Paradoxalement s’agenouiller puis pardonner au Père de tant souffrir par trop de souillure! 

Le théâtre est là, représentation très réaliste, en odorama de surplus, qui met en scène ces gestes intimes, empreints d’amour quoiqu’à la jonction du sous-entendu.  Il y a une et une et une chute.  Puis l’abandon.  Il y a le fils confronté à l’image de Dieu.  Puis ce père, seul soudainement, qui déborde de souillure,  en excès.  On imagine le cri qui sourd de ce vieillard souffrant en quête de rédemption : Lama Lame sabachtani! . (1)

 Nietzsche a-t-il raison lorsqu’il affirme dans son livre Ainsi parlait Zarathoustra que « Gott ist tot!«  (2)?  Qu’en penser s’il  laisse là, dans ce pitoyable état, celui qu’il a créé à son image?  Ce doute amène une rupture de ton, maintes avenues interprétatives.  Le rejet voire le meurtre.  Des enfants entrent en scène, chargés de sacs lourds qu’ils posent, ouvrent, dont ils sortent des grenades qu’ils dégoupillent et lancent sur le tableau du Christ.  Stigmate du visage.  Du sang s’écoule et, de peu,  apparait le saint suaire.  Dépouillement.  Derrière le voile un message illuminé : You are (not) my shepherd, cette assertion offrant en option la forme négative qui se fond à la pénombre. 

Blasphématoire Romeo Castellucci?  Absolument pas!  Le doute induit par la condition humaine dégénérative l’amène à se questionner Sur le concept du visage du fils de Dieu.  Oui, un questionnement.  Si Dieu est tué, s’il meurt c’est pour prendre un visage démultiplié, commun aux humains, plus intime en fait puisqu’il devient dieu, Unique pour chaque personne.  En aucun temps, Castellucci impose sa vision.  Au contraire, puisqu’il nous offre une oeuvre ouverte…

 

1) Père, père pourquoi m’as-tu abandonné?

2) Dieu est mort!

 

Classé dans :  Scène
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Alain Fortaich

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