3 février 2012 17h39 · Alain Fortaich
À propos l'article Voir Leitmotiv
Il y a l’image qui défile et la musique. Des carrés lumineux projetés contre le sol plutôt que ces habituels soleils cernés. Leitmotiv. Almagamer des arts divers afin de créer un spectacle multidisciplinaire qui les unifiera. Le projet est en soi intéressant quoiqu’il ne renouvelle pas l’image du théâtre mais s’inscrit, toutefois, dans ce discours de la modernité. Une réticence en ce qui me concerne est occasionnée par ce perpétuel combat auquel est confronté le spectateur; qui de la musique, de la parole vaincra? Qui, de l’image ou du comédien juste là sur scène, dans l’ombre ou sous les projecteurs, parviendra à transmettre le plus d’affect afin de se gagner la salle? En fait, tandis que je devrais Voir une image, entendre une musique qui tantôt accompagne tantôt relance le texte je vois plutôt, là ou l’on me parle d’unité et de cohabitation, je vois discorde, je vois des arts en confrontation.
Des bribes de texte me parviennent, flottent au-dessus de moi : « mon présent est fait de mes hiers.« Hier, étais-je présent dans la salle, me demande je aujourd’hui? Parce que la fin abrupte, si inattendue qu’elle a fait sursauter ma voisine de banc, m’a surpris dans un inconfort; celui de la tension et d’une sur-attention. Certes, la poésie du texte, comme l’ombre de Daniel Danis par sa formulation et l’importance de chaque mot, ciselé à la Duras. Tant de richesse et pourtant elle m’échappe.
Théâtre slammé : les mots d’Anaïe Dufresne deviennent musique à force d’être psalmodié. J’entends la voix, j’entends ces voix caverneuses qui assourdissent les syllabes; j’entends, je vois la bouche, je lis les lèvres mais je ne comprends pas. Les mots sont fragiles, ne sont désormais qu’une rumeur dans une chambre d’écho. Les mots, je les veux; je les veux pas rien que dans le programme si original que je tiens en main! Mais ils me fuient comme une aurore boréale, passent au-dessus de ma tête même si je me tiens bien droit, sur mon siège, que j’étire ma colonne; ils passent les mots et choient et trépassent derrière moi dans une quelconque rangée; les mots dures, les mots ne durent sitôt couchés dans un couffin musical qui devient encombrant.
Ce n’est pas toujours ainsi, mademoiselle la metteure en scène. La musique de Jérôme Guilleaume sait aussi être plaisante, accentuer le drame; les notes enveloppantes, devenues autonomes se transforment en mots : si majeur la peur, fa la chagrin, mi désespoir do ré. Soudain, les comédiens muent. Un arpège se pointe en nous, mademoiselle Émilie Cormier, vous n’y êtes pas sans doute pas étrangère. On sent une montée dramatique, incommodante. Chut! Chut… Il faut savoir faire taire la musique aussi qu’elle poursuive en nous son oeuvre! Il faut, à ce moment précis, mettre l’emphase et tout le poids de la vie sur le mot final.
Noir.