27 janvier 2012 11h33 · Alain Fortaich
À propos l'article Voir Introspection divine
Je présume qu’une problématique particulière attendait AKram Khan en créant Vertical road; en effet, comment représenter la verticalité sans, pour autant, utiliser le plan vertical : mettre à profit la technique, l’usage de poulis, des cordages, des mâts, de phares, de tours que sais-je, lier les interprètes, les soulever, les envoler, les transporter vers l’au-delà. Une problématique résolue pourtant avec simplicité : d’abord représenter l’ascension par des mouvements du corps vers le haut, tendre les mains, les bras vers les cieux comme une supplication ou parfois le soulever comme une offrande. Surtout, et voilà bien exprimé l’inventivité du chorégraphe, transférer, à l’occasion, même si le décor sobre est omniprésent de l’ouverture jusqu’à la fin de la représentation, modifier donc la perception de la verticalité en horizontalité en séparant la scène d’un voile translucide, représentant soudainement les deux mondes; l’expressivité des danseurs nous amenant du terrestre vers l’au-delà.
Khan emploie maints stratagèmes chorégraphiques afin de concevoir son univers : d’abord en ouverture, cet interprète présenté comme un dieu, qui par ses ondes, se répand sur l’univers. Il assorti ses danseurs d’un sens ambigü en les parant de vêtements qui ont été préalablement enduits de poudre de riz ou d’arcanson : spectrale ou, au contraire, plus que terrestre; c’est comme si, entre la vie et la mort, ils se disolvaient, tombaient en poussière. Puis, par cet atmosphères vaporeuses, la scène comme ennuagée, par des effets cinétiques, par l’emploi d’ombres chinoises, par l’ambiance sonore qui relance la gestuelle ou la musique psalmadique, hypnotique de Nitin Sawhney, il accentue l’intensité du drame : roulade, portée, fluidité des bras.
Le chorégraphe explore plus que l’antagonisme des deux mondes, supporté par les éclairages, de Jasper Kongshaug, au teinte blanche, jaune, orangée ou rouge. Empreint de lumière crûe ou ceint de pénombre, le danseur évolue non seulement entre ces deux univers mais, partagé entre l’attraction du terrestre et des cieux, entre l’attraction amoureuse et son abus, l’attrait de la connaissance et du pouvoir, en divers tableaux, il exprime cette soif de se libérer de la contrainte du sol et d’atteindre un quelconque paradis. Le corps empêché, soumis à la gravité ne peut résolument se maintenir dans une position verticale sans fléchir, sans mourir, sans traverser les eaux du Styx? Aimer un autre que soi, n’est-ce pas mourir, mourir un peu, un peu en soi?
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