Fausse sceptique

22 janvier 2012 9h13 · Alain Fortaich

À propos l'article Voir La mort dans la peau

Qui n’est pas familier de l’univers théâtral de Christian Lapointe pourrait être désorienté par sa mise en scène; voire il pourrait croire, tant son procédé scénique est singulier, ce spectateur pourrait croire qu’il s’agit de mauvais théâtre, de théâtre amateur.  Quelle méprise ce serait pourtant!  Car Lapointe est exigeant.   Rigoureux.  Pointilleux.  Et il a trouvé un sentier qu’il explore puis qu’il élague d’une pièce à l’autre.

Plus sobre que dans Limbes, dans lequel il poussait l’excès du jeu des acteurs jusqu’à caricaturer l’univers du théâtre japonais mais, du coup, parvenant à mettre l’emphase sur le texte, il use d’un procédé similaire dans Sepsis. 

En effet, on reconnait immédiatement la manière et la matière Lapointe : au préalable,  l’espace déconstruit, désaxé (ici le plancher devenant un mur)  et l’espace accentuée dans le langage qui prend de l’amplitude, s’étire comme un homme au réveil :  la prononciation des acteurs et des actrices étant lente, dénuée d’affect, ponctuée par une ambiance sonore chaotique.  Puis, au gré de la progression de la pièce, le langage devenant moins empêché, plus fluide, le son devenant musique, ma voisine, de sceptique, devient une fausse sceptique, adhérant au mouvement imposé par le metteur en scène.

Il y a trois temps distincts dans cette pièce.  Premièrement, les morts qui émergent de leur tiroir mortuaire nous sont présentés, l’un à la suite de l’autre ou simultanément, dans un fracas lumineux qui surprend; ils racontent une histoire, parfois la leur, parfois celle de leur proche.   Dans un second temps, et voilà que le génie de Lapointe se pointe, par la projection vidéo tous les personnages interagissent; leurs répliques s’entremêlent et par cette reconstruction, elles offrent un texte « sensé ».  Finalement, dans un troisième temps, l’unité est atteinte : d’une seule voix, les morts ne racontent plus qu’une histoire, révélant conséquemment cette sentence : « il n’y a pas de destin individuel dans cet avenir collectif« .

Comme une gangrène s’ajoute aussi un quatrième temps à cette pièce : celui de la réflexion, celui qui me dit que ni le procédé ni la manière ne doivent être enchassés par la méthodologie, que l’exploration, que le résultat seul importe.  En fait, un temps dans lequel la vérité absolue n’existe pas.

Classé dans :  Scène
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Alain Fortaich

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