Six personnages en quête d’un chorégraphe

21 janvier 2012 10h19 · Alain Fortaich

À propos l'article Voir Divin désir

Point d’artifice avec José Navas.  Le décor est aux oubliettes si ce n’est cette niche, au fond central de la scène, dans laquelle il se réfugie suite à ses courtes mais exigeantes prestations.   Dès lors, le danseur offre aux spectateurs un rituel singulier.  En fait, de simples gestes prennent une gravité étonnante : silencieusement retirer les vêtements, essuyer la sueur sur la tête, le front, les bras, les cuisses puis remettre, en silence, lentement les vêtements.  Respirer.  Respirer afin de s’approfondir, de se laisser couler en soi afin que l’énergie émerge comme une onde et se répercute jusque dans l’assistance soudainement pantoise.  

Si quelques accessoires accompagnent le danseur sur scène : talon aiguille, masque c’est parce qu’ils lui permettent de définir le personnage représenté : divinité, femme divine ou homme.  Toutefois, ils n’ajoutent que peu à la danse si ce n’est un esthétique plus riche.  En fait, Navas mise sur l’éclairage qu’il relie, par exemple, à la couleur des étoffes de ses vêtements : un voile rouge sous lumières rouges, le revers noir qui se fond à la scène et le blanc crû qui fait jaillir la luminosité de la peau.  Parfois la pénombre ou ces corridors lumineux desquels ils sautillent de l’un à l’autre comme s’il jouait à la marelle.

 Et la musique.  La musique n’accompagne pas que la danse, ne fait pas que l’enrober, l’assortir de prestance.  Elle provoque parfois le geste; la musique s’inscrit alors dans le corps comme une onde et le corps porte ainsi la voix qui module le muscle, une note réclamant la répétition d’un mouvement et quels mouvements!  Inspiré tantôt de la lenteur du tai chi, requérant surtout le haut du corps, c’est comme si le chorégraphe parvenait à se désarticuler : de la phalangette jusque dans l’épaule on assiste à un déploiement de chaque tendon, muscle et os.  Sinon, une vive ondulation, à la limite de la convulsion l’anime.

Personae.  Six personnages, au cours de six tableaux, que nous présente le chorégraphe.   Image divine ou d’enfance, personnage historique ou anonyme côtoient la séduction.  En fait, chaque tableau traite de divinité.  Le premier ainsi que le quatrième tableau traitent du divin : on imagine aisément les mouvements reptiliens de Shiva.  Dans le cinquième tableau, à cause du port d’un masque : masque de chien, Anubis ou masque de chat, Bastet et le dernier tableau, par des mouvements singuliers de vol d’oiseau (Osiris) et surtout par ses mouvements dans lesquels semblent s’inscrire un alphabet et que l’on peut décrypter comme étant des hiéroglyphes.  Quant au second tableau, que José Navas prend soin de nous présenter,  il traite d’un souvenir d’enfance : d’une femme divine et lui inspire une salsa.  Finalement, au cours du troisième tableau,  l’homme devient, fait à l’image de dieu ce séducteur qui d’ondulation à roulade se dénude, s’offre et s’abandonne, tout comme le spectateur, à la magie du spectacle de la vie.

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Alain Fortaich

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