16 octobre 2011 11h47 · Alain Fortaich
À propos l'article Voir Morceaux de choix
L’été persiste et c’est étrange, pour la saison, ces filles et ces garçons qui déambulent, sous la bruine, à travers le carré St-Louis. À voir les bancs, la sculpture, le kiosque, je songe à Being at home with Claude with Roy. Je modère la cadence. Les pavés mouillés sont glissants. La fontaine a perdu son chanteur.
Hello! How are you? questionne miss Clara Furey qui a raffiné son jeu d’interprète.
I’m shackled by thruth and beauty répond miss Céline Bonnier dont la performance physique étonne.
Complexe, la performance. Un tableau suit l’autre. Inégal. Rompt le rythme. Jumelles, chant, rixe, amour (idéal pour le spectacle Danse à dix) et/ou naissance, provocation. Je flageolle d’un sens à l’autre : la gémellité, l’une représentant toutes, la mçre et l’enfant, la naissance, l’amour lesbien, le désir féminin ou la souillure féminine? Castration masculine? Les images foisonnent et font ressortir mes vieilles notions de psychanalyse. Je maintiens un précaire équilibre. Bascule d’un sens à l’autre. Critique de la représentation féminine en tant qu’objet sexuel, dénudée jusqu’en sa chair à désir? La femme attisant, la lolita provoquante, réclamant ce délire sexuel? Affirmation et revendication de la vie sexuelle féminine. Critique de la virilité emprunté à l’homme? À moins que… Si je me fourvoyais? Est-ce un sens et l’autre? Perplexe en ma demeure. Beaucoup à exprimer. Mais tant de propos à élucider. En fait, j »ai l’impression de croquer dans une pomme pas tout à faire mûre.
Cependant, la scène est judicieusement utilisée : fragmentée, surabondante de recoin. Quoique l’on cache des choses à l’assistance, on les lui fait entendre. Tantôt subtilement tantôt humoristiquement.
Commentaire critique mais non ravageur. Éloigner de l’assistance, de quelques pieds tout au plus, les miroirs du premier tableau. Puis, écourter la représentation: couper la promenade temporelle, retirer le tableau de la matrice-acquarium hard-rock. Assurément. Accentuer les caractéristiques masculines (ajout d’une barbichette crayonnée -effacable- par exemple) afin de déterminer les rôles masculin/féminin sinon élaborer les rôles féminin/féminin. Créer une complicité entre les ‘adolescentes’ en les laissant, mutuellement, se manucurer. Surtout, juste après la montée dramatique : l’empreinte argileuse sur le mur, le visage et sa chair à canon, laisser choir. Laisser choir en nous la force de ces images. Si belles.
L’été persiste et c’est étrange, pour la soirée, ces filles en robe et ces garçons en t-shirt qui hâtent le pas sous la bruine à travers le carré St-Louis. À les voir sous leur parapluie, quelques pas de Singing in the rain me reviennent en tête.