14 mars 2010 11h31 · Alain Fortaich
À propos l'article Voir Woyzeck
La vie est un spectacle en soi. Mais je ne suis pas en représentation. Petites scènes de la vie quotidienne avec ses nombreux acteurs. Elle marche sur la rue de la Visitation. Le vent la ferait choir sous ses bouclettes avec ce corps à la Giacometti. Un brouhaha dans le fond d’un parc : une seringue emplie d’illusions. Dans les cabinets d’un bar malfamé, un couple ludique, leurs rires étouffés, petite mort : t’auras qu’à prendre la pilule demain… Projeté après le boulot dans l’Usine C afin de voir l’envers du théâtre de la vie. Dans la salle, une critique avec sa lampe d’écriture prend des notes. La vie est du théâtre dont quelques spectateurs s’évertuent à écrire les lignes.
Brigitte Haentjens l’a compris depuis longtemps. Ainsi, est-ce étonnant qu’elle fasse sien ce Woyzeck. Par sa facture toute personnelle, ça me fait penser aux Trois soeurs mise en scène par monsieur Wajdi. En effet, elle s’est appropriée ce texte inachevé, mine d’or pour un metteur en scène, afin d’y installer notre culture. Si le choix de la première chanson de la pièce fait rire, c’est bien parce qu’on ne s’attend pas à découvrir chez un auteur allemand, en occurence Georg Büchner, du Plamondon! Les jalons sont installés. Par conséquent, on prend conscience de la pertinence des chansons au gré du déroulement de la pièce car elles servent non seulement de raccord entre les différentes scènes mais appuient cette adaptation québécoise, à l’orée du surréalisme, fort bien réussi.
Les comédiens émergent de l’obscurité. Dansant. La danse occupera une part importante de la pièce ainsi que le chant. Que l’accompagnement musical de Alexander MacSween. Tout gestes semblant chorégraphiés en fait. Les comédiens. Méconnaissables pour quelques-uns. Vraiment, il me faudra du temps avant de reconnaître Paul Savoie avec cette voix métamorphosée et encore plus avec Ahmarani dont je devrais emprunter les lunettes. Vraiment une belle composition que ces personnages. Sébastien Ricard maître ès claquette découvrira-t-on dans ce personnage de séducteur macho. Marc Béland est autant à l’aise dans ses mouvements éthérés que dans l’appesantissement de ses émotions. Évelyne Rompré séduit par sa transformation en fille du peuple, à l’orée de la vulgarité, jusque dans la subtilité de sa mise à mort. Applaudissement, lumière.
Sur la rue, la belle de Giacometti me devance. Elle louvoie, elle tremblotte, ploie, se redresse comme une ramille. Au fond du parc, avachi au sol, le désespoir a fait sombrer un adolescent dans les méandres de l »irréalité. Dans un ventre, un sprinter poursuit sa course vers son Éden. Je regarde. Vraiment, la vie est un théâtre avec de nombreux acteurs qui parfois improvisent. Cherche une réplique : Je ne veux pas être qu’un figurant. Je veux un rôle. Un vrai, un marquant. Un rôle à ma démesure! J’observe. Je me sens hors la vie.