Ce n’était qu’un rêve…

14 février 2010 18h48 · Alain Fortaich

À propos l'article Voir Paradis perdu

Le dernier survivant de la planète : un soldat.  Un soldat a qui est offert l’opportunité de rêver d’une nouvelle planète.  Si le concept est, en soi, intéressant, je demeure toutefois perplexe quant à ce Paradis perdu que met en scène Dominic Champagne.  En fait,  je présume qu’il eu été pertinent qu’il s’inspire du propos lucide de l’un de ses collaborateurs, Daniel Bélanger : La fin de l’homme ne sera pas la fin du monde afin de donner assise à un projet de si grande envergure et donc de concevoir le rêve de son personnage à partir de ce qui reste de notre planète.  Ainsi, il aurait évité l’écueil d’octroyer des pouvoirs divins à un homme déifié qui, indissociablement, ne peut que recréer l’histoire d’Adam et Eve puis de Cain et Abel. 

Par ailleurs, le personnage du soldat me convaint peu contrairement à Rodrigue Proteau dont l’interprétation est solide et impressionnante.  En effet, j’ai l’impression que c’est un savant voire un écologiste qui m’entretient de big bang, d’amibes, de morula, de poissons devenus ailés etc.   Bref, le personnage semble perdre sa crédibilité.

Cependant, on peut féliciter Dominic Champagne pour l’audace de sa mise en scène remarquable.  Il s’est adjoint des artistes aux talents et compétences indiscutables tant pour les décors, l’éclairage, la musique que les effets vidéos/spéciaux.  Certes, son aventure avec le Cirque du Soleil transparait avec l’ajout d’éléments d’acrobatie, de clownerie et de danse.  Avec tous ces éléments réunis, je crois que le metteur en scène pourrait abandonner certaine partie de son texte puisque ces arts s’expriment par eux-mêmes :  on remarque d’ailleurs que les mots se transforment en psalmodie sous la voix chaude de Pierre Lebeau et que, quoique l’on perde leur sens, ils se juxtaposent à la musique et s’entrelacent avec le propos musical. 

Paradoxalement à cette terre détruite, visuellement, c’est l’enchantement.  D’abord par ce sol en pente puis par ces objets qui émergent du sol ou encore cet arbre construit à partir d’armes (superbe idée!).  Puis par ses effets spéciaux, ces lumières qui nous projettent dans un univers sidérant.  Quant à la musique de Bélanger, avec entre autre son thème récurrent, elle atteint sa cible droit au coeur.

Vraiment exceptionnel dans notre paysage théâtral que cette mégaproduction quoiqu’il eut été favorable, selon moi, que l’idée de ce spectacle mûrisse un peu plus longtemps (soudain, un doute me saisit.  Si c’était moi qui n’était pas prêt pour un tel spectacle?) afin que l’on puisse savourer la poésie du texte et s’en délecter.  

p.s. Je pense qu’il aurait été pertinent, avec un tel spectacle (à teneur écologique, on s’entend), que la PdA offre un programme court ne concernant que ledit spectacle plutôt que de nous offrir la sempiternelle brique, en papier recyclé certes, qui fait la promotion des nombreux spectacles à venir. 

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Alain Fortaich

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