1 février 2010 14h56 · Alain Fortaich
À propos l'article Voir Maleficium
Je lis tout, sans exception, ce qui se publie chez Alto éditeur. Et cette fois-ci, cela ne fait pas exception quoique…
J’avoue qu’à la lecture de la première confession, j’ai délaissé le livre. J’ai hésité à poursuivre mon voyage à travers le pays des mots. J’étais confronté à un doute. En effet, l’éditeur en avertissement au lecteur parle du célèbre manuscrit de l’abbé Savoie, Maleficium, mis à l’index pour son contenu hérétique et quoi et… Bref, l’avant-propos enveloppe d’une telle aura de mystère les confessions dont l’abbé transgresse le secret que nous sommes déçus par son dévoilement. Comment, ce ne serait que ça, ce Maleficium? Les fantasmes à teneur érotique d’un abbé condamné à l’onanisme…
J’ai douté, vraiment. Après tout, Alto m’a toujours offert des livres d’une rare qualité qui ont nourri les diverses saisons de ma vie. Pourquoi soudainement l’éditeur dérogerait-il à mes attentes? Eh bien, j’ai persévéré. Je me suis fait prendre!
Je me suis laissé guidé par la solide et magnifique écriture de Martine Desjardins. Dans ces histoires, voire ces bestaires (car la femme y est associée insidueusement au démon), non seulement retrouvons-nous l’exotisme des déserts, l’univers des musulmans, la mise en doute de la religion catholique mais surtout un raffinement, une subtilité dans les commentaires concernant le désir et l’émancipation. C’est avec intelligence qu’à la dernière confession, une narratrice apparaît et vient, d’un coup, lier chaque secret : la bête est une et partout elle s’insinue.
Vraiment, j’ai douté. J’ai péché. Martine Desjardins m’a bien ferré!