31 janvier 2010 18h32 · Alain Fortaich
À propos l'article Voir Limbes
Quel objet poétique particulier nous présente Christian Lapointe! D’emblée, les textes de Yeats, qui traitent de la fin de la vie de Jésus, peuvent en rebuter plus d’un. D’ailleurs quelques-uns quittent la salle dès la première heure de la représentation, las de réentendre une histoire si familière. C’est faire fi de la mise en scène qui est pourtant déjà accrocheuse : le bassin d’eau, les croix infinies et l’éclairage si raffinées qui séduisent. L’accompagnement musicale est raccoleur et la narration de Mathieu Campagna ainsi que de Lapointe nous guident dans le méandre des textes. Le port des masques, dont les traits diffèrent de l’un à l’autre, impose une personnalité unique aux personnages interprétés par Eve Pressault, Sylvio Arriola, Jocelyn Pelletier et Olivier Lépine mais aussi un anonymat auquel le spectateur s’identifie. Certes, si la première partie est interprétée avec de lancinantes tirades qui rappellent le théâtre japonais, il faut se rendre à l’évidence qu’elle permet au spectacle de prendre son essor.
Ainsi, c’est à la seconde station que se manifeste le génie de Lapointe. Par l’agencement et la réécriture qu’il impose aux textes de Yeats, il suscite une compréhension renouvellée de l’univers de l’écrivain. Les propos, dénués de leur artifice, prennent le sens de la modernité. Le changement des masques fabriqués par Danielle Boutin (désormais en papier quoique tellement expressifs) n’est pas sans rappeler notre univers friable. Le jeu des acteurs éclatent. Tantôt ludique tantôt grave, ils captivent et permettent aux spectateurs d’accéder à une élévation dans la compréhension qu’ils ont de Yeats.
L’impatience de certains spectateurs à faire la génuflexion avant de quitter la salle leur aura fait manquer l’issue du spectacle : ces âmes holographiques dont ont a la révélation du visage lorsqu’elles sont dans les Limbes. Au ciel, on ne porte pas de masque. Face à Dieu on est nu, bien entendu!