26 septembre 2009 18h13 · Alain Fortaich
À propos l'article Voir Is You Me
Si le langage chorégraphique de certains spectacles se lit aisément, il y en a pour lesquels on ne peut parler de lecture, non parce qu'ils sont incompréhensibles, ça c'est impossible puisqu'il y a toujours, à défaut d'un, du sens à quelques objets artistiques quelle qu'il soit. Non, certaines dansent ne se lisent pas car elles ont comme précepte principal la jouissance. Eh bien, c'est le cas de Is you me dont la performance des interprètes Benoît Lachambre et Louise Lecavalier sidère.
Il y a d'abord ces corps qui s'appellent et s'interpellent. Il y a cette colocataire qui s'affaisse sur son siège. Oui, il y a ces corps qui se fractionnent, se dédoublent comme chez Picasso. Il y a cette jambe déportée vers ma jambe. Les corps des interprètent s'allongent comme dans une sculpture de Giacometti. Et son épaule ploie vers la mienne. Il y a cette Louise Lecavalier avec ce corps apesanti par sa musculature dont chaque geste est empreint de tension. Sa bouche qui se pencherait vers mon oreille. Il y a Benoît Lachambre qui se fond et confond. En excuse, elle sursaute et se redresse sur son siège. Dommage…
Puis il y a l'ambiance sonore de Hahn Rowe qui impose une étrangeté hallucinatoire. Qui agit comme une vague : nous capte puis nous rejette vers un autre tableau animé et inspiré de Laurent Goldring. Il y a eux puis les danseurs. Et ma colocataire de rangée. Et des prouesses et des promesses partagées. L'envi d'un peu de tendresse.
Il y a des spectacles que l'on ne regarde pas mais qu'il faut vivre; des spectacles qui ne se décryptent pas : dont il faut simplement jouir. You and me.